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mardi 28 septembre 2010

Du vinyl dans le patrimoine


Je n'ai ouvert la plaquette du programme des Journées du Patrimoine 2010 pour Châlons-en-Champagne qu'une fois l'événement passé (avec la bonne excuse que je savais que je serais absent au moment de la manifestation).
Du coup, je n'aurai pas l'occasion d'aller voir l'exposition de disques vinyles présentée à cette occasion à la bibliothèque de quartier Denis Diderot (visible encore deux jours jusqu'à la fin de ce mois de septembre).
La bibliothèque y présente quelques-uns  des 33 tours issus de ses collections sélectionnés pour leur intérêt régional (Pierre Dac, lecomplice de Francis Blanche, est né à Châlons, par exemple).
Dans le cadre des missions liées à son statut de bibliothèque municipale à vocation régionale, la Bibliothèque Georges Pompidou conserve près de 40 000 disques issus de de sa discothèque de prêt et des dons d'autres bibliothèques. Cette exposition fait suite à d'autres actions de médiation et de présentation d'une partie de ce fonds.
Je regrette d'autant plus d'avoir manqué cette exposition que ces documents, passés du statut de collection de prêt à celui de jeune patrimoine encore méconnu suite au remplacement des 33 tours par les CD, m'intéressent particulièrement, notamment depuis un stage à Châlons il y a cinq ans au cours duquel j'avais eu l'occasion de me pencher sur la question de la gestion et de la valorisation de ce fonds.

mardi 7 septembre 2010

De la musique dans le catalogue


Cet été, en consultant le catalogue de la Médiathèque d'Epernay, l'établissement que je fréquente pour mes loisirs, j'ai eu la bonne surprise de découvrir que les notices des nouveaux CD s'accompagnent d'extraits musicaux. En plus, la solution adoptée est élégante, celle du lecteur sous licence Creative Commons Dewplayer, qui a l'avantage de fonctionner sans installation particulière avec la grande majorité des navigateurs, pour peu j'imagine qu'on ait une version de Flash installée pas trop ancienne. C'est beaucoup mieux que ces sites commerciaux qui me réclament encore d'installer l'horrible Real Player pour écouter du son.
Evidemment, la durée de ces extraits est limitée aux trente secondes réglementaires et il a été décidé de ne proposer des extraits que pour cinq titres de chaque album, mais je trouve cette fonctionnalité intéressante pour qui veut faire son choix d'emprunts ou de réservations (les nouveautés sont souvent très demandées) ou, quand le nombre de notices "sonores" sera plus conséquent, pour identifier plus facilement un titre ou un CD.
Par exemple, le titre de l'album d'Oldelaf et Monsieur D, Dernière chance d'être disque d'or, et le résumé proposé ont attiré mon attention. C'est un peu moins évident à l'écoute des extraits (plus électronique et moins chanson que ce que j'imaginais), mais j'emprunterai sûrement ce disque.
Renseignement pris (en consultant le code source de la notice), les extraits musicaux sont fournis et hébergés par GamAnnecy, un fournisseur qui explique sur son site qu'il peut livrer des CD accompagnés d'une notice enrichie (visuel de pochette, extraits sonores, résumé, références de revue de presse).
J'ai l'impression qu'il doit y avoir une collaboration particulière avec Opsys, car Gam précise que les notices sont fournies via un filtre de reformatage adapté fourni par Opsys, tandis que aussi bien la Médiathèque d'Epernay que celle de Pessac, qui  a testé cette solution (sans les extraits musicaux, il me semble), utilisent l'OPAC Aloès d'Opsys.
Bref, un enrichissement assez séduisant du catalogue, avec juste un petit bémol (potentiel) : les extraits musicaux et les visuels de pochette étant stockés chez Gam (à cette adresse http://www.gamannecy.com/polysson/200906/05-5099996475423.mp3 par exemple pour le titre Trahis d'Oldelaf et Monsieur D), je me demande ce qui se passera si un jour Gam a la mauvaise idée de changer l'adresse de son site web. Faudra-t-il se lancer dans une  modification en nombre des notices ? Et si ça devait intervenir à un moment où la bibliothèque n'est plus cliente chez Gam, cette fonctionnalité sera-t-elle tout simplement perdue ?
En tout cas, pour l'instant elle est là, et c'est bien, mieux par exemple à mon goût que la solution retenue par la Médiathèque d'Orthez (repérée grâce à Bibliopedia), qui propose également des extraits musicaux  dans son catalogue grâce à un partenariat avec Amazon, mais avec  la nécessité d'installer Real Player.

samedi 6 mars 2010

Franco et les métadonnées : 66 façons de le nommer, et plus


Il y a quelques semaines, mon ami et presque voisin Pol Dodu cherchait des informations sur un disque du chanteur Franco qu'il souhaitait chroniquer.  Il galérait pas mal et m'a demandé de l'aide.
Effectivement, ce n'était pas simple, sachant que, rien que sur le recto de la pochette, on trouvait au moins trois titres potentiels, "Mandola", "Keba na matraque" (un slogan, en fait) et "Le quart de siècle", ce dernier, titre collectif d'une série de disques, étant accolé à la fois au nom de l'artiste, agrémenté pour l'occasion du qualificatif "de mi amor", et à celui de son orchestre, qui contient des abbréviations.
Pas simple, d'autant plus que, contrairement à l'usage, le nom de l'artiste et le titre du disque ne sont pas repris sur les étiquettes centrales du disque. Sur la tranche, on retrouve simplement "Le quart de siècle de Franco de mi amor et le T.P. O.K. Jazz".

Quelques semaines plus tôt, Koranteng Ofosu-Amaah avait été confronté à un cas pratique à peu près similaire, comme il l'a raconté de manière distrayante et instructive sur sur son blog Koranteng's Toli : pris en pleine nuit de l'envie de réécouter un titre précis de Franco, il a galéré dans sa propre bibliothèque multimédia sans le trouver avant de prolonger sa recherche en ligne avec tout autant de difficultés.
Au bout d'un moment, il s'est amusé à répertorier les différentes orthographes utilisées par les 9000 auditeurs de Franco sur la version américaine de Last.fm. Il est arrivé à un total de 66, à comparer avec un autre groupe dont l'orthographe pose problème, Guns N' Roses, dont les un million et demi d'auditeurs n'ont utilisé "que" 56 variantes.
Dans cet exercice d'étude de folksonomie appliquée, Koranteg liste ensuite quelques-unes des causes de ces variations, de la casse aux abbréviations en passant par la ponctuation, le "et" et l'éperluette, le passage de l'anglais au français et le goût des africains pour la multiplication des titres honorifiques. Notons d'ailleurs au passage que "Franco de mi amor" n'apparait pas dans la liste, alors que ce fut apparemment l'un de ses premiers sobriquets.
Pour ceux qui vont de toute façon courir le vérifier, notez que la Bibliothèque nationale de France a retenu comme autorités Franco (1938-1989) d'un côté et OK jazz de l'autre, mais le nombre de formes rejetées confirme bien que la question n'est pas simple.
Ceux qui voudraient lire le billet original, 66 ways to Franco, tranquillement en écoutant la musique du Grand Maitre Franco Luambo Makiadi & Le Tout Puissant Orchestre OK Jazz peuvent le faire après avoir visité par exemple Franco et TPOK Jazz Restored.

mardi 24 mars 2009

Le yéyé et les 45 tours de retour à l'Alcazar


La Bibliothèque de l'Alcazar, la BMVR de Marseille, fête ses cinq ans ce samedi 28 mars. Voilà qui m'intéresse, étant donné que j'ai eu l'occasion de plancher sur le devenir des BMVR (de leurs missions régionales en tout cas).

A cette occasion, la bibliothèque annonce la mise en place de nouveaux services.
Certains de ces services sont assez classiques, voire très courants (Réservations à distance, modification des règles de prêt, prolongation des prêts par téléphone, retour des documents dans toutes les bibliothèques du réseau, quel que soit le lieu d'emprunt) mais leur mise en place dans un réseau de la taille de celui de Marseille a dû demander un énorme travail de préparation, de coordination, de paramétrage du SIGB et d'organisation du travail de toutes les équipes.
La carte cadeau pour offrir un abonnement à une personne de son choix, pourquoi pas, mais je ne suis pas sûr qu'un tel outil soit vraiment nécessaire pour qui souhaite vraiment faire un tel cadeau.
Plus originale, la proposition de découvrir les fonds patrimoniaux du département musique m'a tout de suite interpellé, car c'est une question qui m'intéresse et j'ai également eu l'occasion de réfléchir à la question de la gestion et de la valorisation de la collection de disques microsillons de la BMVR Georges Pompidou de Châlons-en-Champagne.
Le problème avec les 33 tours et 45 tours qui ne sont pas dans le domaine public (l'énorme majorité d'entre eux), c'est qu'ils sont fragiles (il est donc difficile d'envisager d'en relancer le prêt) et que (sauf erreur de ma part) on n'est pas autorisé à les numériser pour les faire écouter, même sur place. Ne reste donc, outre le travail sur le catalogage des fonds et leur mise en valeur par le biais de conférences, d'expositions, de publications, que la possibilité d'une écoute sur place.
C'est précisément l'option choisie par la bibliothèque de l'Alcazar qui, va proposer pour commencer l'écoute sur des platines vinyle de plus de 1000 45 tours des années 1960.
Le choix du style musical, le yéyé, est en lien avec le programme des célébrations proposées pour le 28 mars, qui prévoit une rencontre avec Jean-Marie Périer, le photographe notamment de Salut les copains, et une exposition de quelques-unes de ses photographies et de pochettes de 45 tours.
On sait déjà que le marché du disque vinyl neuf, souvent associé à une version numérique de son contenu, se développe à nouveau sous forme de niche et on ne peut que se réjouir si, en parallèle, celles des bibliothèques qui ont conservé leurs collections trouvent le moyen de les mettre à nouveau à la disposition du public.

Claude François vu par Jean-Marie Périer

mardi 3 mars 2009

The rock & roll public library !


La bibliothèque publique rock & roll ! Voilà un titre qui ne pouvait que m'attirer l'oeil. Malheureusement, il s'agit simplement du titre d'une exposition qui va se tenir au Chelsea Space à Londres du 18 mars au 18 avril, dans laquelle Mick Jones, l'ex-guitariste de The Clash, présentera la collection hétéroclite qu'il a amassée depuis plus de trente ans : instruments, affiches, disques, livres, souvenirs, matériel promotionnel, photos,... Apparemment, Mick est conservateur et sa collection, installée dans le local où il a installé son studio d'enregistrement, n'avait jamais été présentée au public. Si l'on en croit les photos qui illustrent l'annonce du projet, et la pochette de l'édition anglaise de l'album de Carbon/Silicon, son dernier groupe en date, elle n'est n'a pas été non plus stockée ou classée de manière conventionnelle !

J'ai écrit "malheureusement" plus haut parce que, à la lecture de ce titre, j'ai cru un instant qu'il était question d'un projet de bibliothèque de rêve, qui inclurait un fonds patrimonial de phonogrammes et d'autres archives sonores, des archives des labels et d'autres sociétés du show-business, mais aussi une discothèque de prêt, une bibliothèque musicale spécialisée la plus large possible (magazines, fanzines, livres), et encore des auditoriums, une salle de conférence, des espaces d'exposition, des studios d'enregistrement. Le rêve, quoi.
En réfléchissant, je me dis qu'à Paris, qui n'est pourtant pas la ville la plus rock'n'roll du monde, on a presque tous les ingrédients pour créer cette bibliothèque, sauf qu'ils sont éparpillés dans différents lieux sous la responsabilité d'institutions variées : le dépôt légal du disque et les collections de la Bibliothèque nationale de France (attention, pas au département de la Musique, sacrilège, pour les disques il faut s'adresser à l'audiovisuel alors que la British Library n'a pas peur du gros mot pop music), la Médiathèque musicale de Paris, la Médiathèque de la Cité de la Musique, voire même le Hall de la Chanson.
Mais qui sait, un tel projet commencera peut-être à émerger à temps pour le 50e anniversaire de la sortie des premiers disques des Beatles ou des Rolling Stones. Il reste un peu de marge...

mardi 4 novembre 2008

Plus ça change et plus c'est pareil : de la location de disques au téléchargement


L'autre jour en faisant du rangement, je suis tombé sur un vieux numéro de 1982 du magazine américain Rolling Stone. Probablement le seul que j'aie jamais acheté, sur la foi de l'article qui fait la couverture, "Elvis Costello repents", soit sa première grande interview pour la presse américaine, signée Greil Marcus, qui avait déjà publié Mystery train en 1982, mais qui était encore inconnu pour moi.
Du coup, j'ai relu ce magazine, sans m'attarder sur le deuxième article de une ("La fin d'une époque : Pourquoi la génération sixties a arrêté de fumer de la marijuana"). Par contre, une expression m'a attiré l'oeil, "Record-rental stores". Autant j'ai déjà entendu parler de discothèques de prêt qui avaient une tarification au disque prêté plutôt qu'à l'abonnement. Autant j'ai aussi entendu parler de discothèques privées, fonctionnant plutôt sur un modèle associatif, autant il me semble n'avoir jamais entendu parler de boutiques qui, sur le modèle des vidéo-clubs, auraient proposé des disques en location.
Mais, ce qui m'a surtout surpris à la lecture de cet article très fouillé sur un aspect précis de l'économie de la culture, c'est une impression de déjà vu.
Oui, effectivement, les arguments que s'échangaient en 1982 les partisans et les adversaires (l'industrie du disque, principalement) de la location de disques, c'est bizarre mais ils ont un air de famille très prononcé avec ceux que s'échangeaient — et s'échangent toujours — partisans et adversaires du téléchargement sur internet, notamment au moment du débat sur la loi DADVSI.
Je vous propose ci-dessous, avec de larges extraits traduits de cet article, un retour à une époque déjà lointaine où les seuls disques à louer étaient microsillons qui s'écoutaient en 33 tours.
Pour la petite histoire, sachez que les lobbies de l'industrie du disque ont effectivement obtenu en 1984 une exclusion à la doctrine de la vente initiale dans le cadre de la loi sur le copyright, qui permettait de tuer dans l'oeuf le business de la location de disques. Il faut dire qu'il y avait urgence, puisqu'entre-temps était arrivé sur le marché un nouveau support d'enregistrement réputé inusable, le disque compact !

Le boom de la location de disques aux Etats-Unis
Un plus pour les consommateurs ou un coup dur pour l'industrie ?

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Alors qu'elle souffre déjà de la baisse des ventes, l'industrie du disque a trouvé une nouvelle menace : la location de disques. Les propriétaires et directeurs de disco-clubs parlent de forts bénéfices et de coûts de revient faibles; les maisons de disques crient au loup, arguant que la pratique encourage la copie privée sur cassette, et tout le phénomène de la location de disques semble se diriger vers un combat législatif.
Des boutiques qui louent des disques, ce n'est pas nouveau aux Etats-Unis, mais dans l'année écoulée les ouvertures se sont succédé à un rythme rapide. En début d'année, l'industrie du disque s'est réveillée et a commencé à se plaindre : la location de disques, selon John Marmaduke, le président de la chaîne Hastings Books and Records, est "un cancer"; selon le premier vice-président de Warner Communications Stan Cormeyn, c'est un insecte envahisseur; selon l'Association Nationale des Détaillants d'Enregistrements c'est "une peste".
Et selon les magasins qui font de la location c'est la vague du futur. Personne ne sait trop combien il y a de telles boutiques aux Etats-Unis, mais les chiffres préliminaires de l'Association Américaine de l'Industrie de l'Enregistrement (RIAA) placent ce nombre à 119 (dont 50 en Californie). (...)
Toutes les boutiques fonctionnent globalement de la même façon : le client choisit un disque et laisse un dépôt de garantie égal grosso modo au prix de vente du disque; quand il le rend, il récupère son dépôt, moins le prix de la location. Les prix s'étalent de 1 à 3 $ par jour pour les albums simples, de 2,5 à 5 $ pour les doubles. (...)
Pour le client, cela signifie l'opportunité d'écouter les disques entièrement sans en payer le prix fort — quelque chose qui rappelle l'époque où on pouvait écouter les disques dans une cabine avant de les acheter. Cela signifie aussi clairement la possibilité d'aller enregistrer le disque à la maison.
Pour le magasin, cela représente des bénéfices à une époque où les ventes de disques sont basses. Tous les magasins que nous avons contactés indiquent qu'ils vendent les disques à un prix réduit après les avoir loués. John Kurczewski de Rock Garden Records à Alpena, Michigan loue les disques une fois, puis les baisse de 7,79 à 6,49 $. Cindy Gamble de Rena's Rent-a-Record à Baton Rouge dit "C'est le fil du rasoir. On veut vendre le disque avant qu'il commence à être rayé ou à craquer, donc on le solde généralement après cinq ou six locations." (...)
Les maisons de disques, bien sûr, font le même bénéfice sur quatre locations et une vente que sur une simple vente. Et cette tendance ne leur plait pas trop. "La location de disque est surtout utilisée pour la copie privée; les gens louent en vue d'acquérir du matériel sous copyright sans payer les titulaires du copyright," dit Stanley Gortikov, président de la RIAA. Mais pour l'instant, c'est complètement légal : la doctrine de la "vente initiale" de la loi américaine sur le copyright laisse la possibilité aux détaillants de louer ou de vendre les disques une fois qu'ils les ont achetés.
Alors les lobbys de l'industrie sont intervenus pour demander l'insertion d'une clause dans les amendements Edwards-Mathias — connus sont le nom de loi sur la copie privée sur cassette — qui modifierait la doctrine de la vente initiale. La version modifiée mentionnerait : "...le propriétaire d'un phonogramme donné ou d'un enregistrement sonore fabriqué légalement ne peut pas, sauf autorisation du propriétaire du copyright, disposer de la possession du phonogramme par le biais de la location, du leasing ou du prêt en vue d'un avantage commercial direct ou indirect." Autrement dit, vous ne pouvez pas louer le nouvel album de Fleetwood Mac sauf si Warner Bros dit que vous le pouvez.
Et Warner Bros n'est pas prêt de donner cette permission aux magasins. Stan Corneyn de Warner Bros compare la location de disques à "des abeilles tueuses qui arrivent directement de l'Amazone en bourdonnant vers nous", et il affirme, "Je me refuse à croire que notre métier consisterait à presser un exemplaire d'un album à succès pour chaque magasin de location, à le leur vendre 500 $ pièce et à regarder les loueurs nous étrangler. Pourtant, la menace est bien réelle."
John Marmaduke de la chaîne Hastings ajoute que les disquaires traditionnels, comme les maisons de disques, pourraient bien être étranglés par les loueurs : "L'impact sur la vente de de disques au détail sera dévastateur quand des magasins de location auront ouvert dans tout le pays." (...)
Tout le monde n'accepte pas la comparaison avec le Japon ou les prédictions funestes d'une catastrophe industrielle si la pratique se développe. "L'industrie du disque brandit le spectre hideux de loueurs de disques envahissants", a écrit dans Billboard le vice-président du Groupe de Consommateurs de Biens Electroniques Jack Wayman. "Ils affirment que c'est ce qui se passe au Japon, mais le fait est que là-bas le prix des disques est réglementé et qu'ils se vendent deux fois plus cher qu'aux Etats-Unis. De plus, les vinyls japonais sont bien plus solides et supportent mieux l'usure des locations." (Incidemment, les loueurs de disques au Japon ne font strictement que de la location : ils vendent des cassettes vierges mais, contrairement aux américains, ne vendent pas d'albums.)
"Le fond de l'affaire c'est que les disquaires sont en train de se faire assassiner," dit David Nancoff, le responsable marketing de Toronto qui a lancé la chaîne Rena's Rent-a-Record. "Les gens ont plus de choix pour dépenser leur argent, les disques sont devenus si chers que les gens recourent à l'enregistrement, et le produit lui-même n'est plus d'une qualité suffisante pour attirer les gens dans les magasins. Les jours des disquaires de quartier sont comptés. Dans le futur, la location de disque sera la seule option."
"Cela semble terriblement égoïste, mais le disquaire normal va devoir se reconvertir. Nous faisons du chiffre d'affaires de façon continue, et ça ne nous coûte pas tant que ça. Si vous vendez 1000 $ de disques, ça vous coute 800 $ pour refaire votre stock. Si vous louez 1000 $ de disques, le coût de remplacement est beaucoup plus faible car vous récupérez tous les disques."
"Les gens entrent dans ce magasin et disent, 'Ça fait trois ans que je n'ai pas mis les pieds chez un disquaire car les albums ont tellement augmenté' ", dit Stephen Boulanger de chez Rena à Providence. "Nous leur redonnons la possibilité d'essayer les disques. Qui veut acheter un album à 7,99 $ pour découvrir que les deux chansons qu'il a entendues à la radio sont bonnes et que le reste est de la daube ? Nous leur permettons de s'en rendre compte à temps, et cela aide les nouveaux artistes. Nous louons beaucoup de disques de gens comme Bryan Adams et Tommy Tutone — de nouveaux artistes à qui les gens sont prêts à donner une chance une fois que le danger d'acheter un disque est écarté." (...)
[Les loueurs] semblent s'accorder sur le fait que la copie privée est associée à une bonne partie de leur chiffre d'affaire. La plupart disent qu'ils imaginent que leurs clients achètent des cassettes vierges en quantité dans des magasins discount au lieu de les acheter chez eux. "Les labels hurlent que nous faisons la promotion de la copie privée, mais ce sont eux qui en font vraiment la promotion en rendant les disques si chers et en sortant des cassette pré-enregistrées de mauvaise qualité", dit Boulanger. "Les gens veulent un bon produit."
"On ne leur enlève aucune vente", dit Al Clem, directeur du magasin de location CRC à San Jose, Californie. "Nous avons fait une étude qui montre que 43% de nos clients achètent le disque qu'ils louent. Ils le louent juste pour voir si ça vaut le coup de l'acheter. Et parmi ceux qui enregistrent effectivement les disques, 82% d'entre eux nous disent qu'auparavant ils enregistraient exclusivement la radio ou des disques empruntés. Ces clients n'achetaient pas de disques de toutes façons."
Et est-ce que les magasins ressentent de la pression des maisons de disques alors qu'elles se préparent à modifier la doctrine de la vente initiale ? "Pas beaucoup," dit Nancoff. "Ils ne veulent pas m'attaquer en justice parce qu'ils savent qu'ils perdront et alors il y en a vingt comme moi qui ouvriront dans le pays."
"Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire à part chercher à faire modifier la loi," opine M. Gortikov de la RIAA. "Mais une fois que la loi sera passée, le propriétaire du copyright aura le droit de contrôler son propre produit."
"S'ils passent la loi, ça ne m'arrêtera pas", clame Nancoff. "Il y a plein de moyens de contourner la loi. Je peux juste passer de la location à la pré-écoute de disques, ou dire que je rachèterai tous les disques — 'Achetez un disque chez moi, et s'il ne vous plait pas, je le rachèterai le lendemain pour 2,50 $ de moins que son prix.' " (...)
Traduit de :
Steve Pond :
Record-rental stores booming in U.S., Rolling Stone, n° 377, 2 septembre 1982, p. 37.
(cliquer sur les images ci-dessus pour lire l'article en version originale)

mardi 30 septembre 2008

Que seront nos discothèques de prêt devenues ?


Avec mon ami Pol, je fréquente de longue date les sections musiques des bibliothèques, depuis l'emprunt de 33 tours à l'ancienne bibliothèque de Châlons-sur-Marne, avec vérification de l'état de la cellule du tourne-disques à l'inscription, jusqu'aux emprunts de CDs et de livres et à la participation aux animations de l'Espace Musique de la Médiathèque d'Epernay.
Evidemment, en tant qu'amateur de musique je ne peux que m'interroger sur l'avenir des sections musique de nos médiathèques au vu de l'évolution récente des modes de diffusion et de consommation de la musique enregistrée.
Les disquaires indépendants ont déjà presque tous disparu et il est évident que les médiathèques sont ou seront également affectées par la marginalisation progressive du CD qui, contrairement au passage du vinyl au disque compact ne sera pas relayé par un nouveau support vendu individuellement, mais par des offres de vente ou d'abonnement de titres sous forme de fichier informatique.
Les bibliothèques françaises sont particulièrement concernées par cette révolution car, contrairement à ce qui a pu se passer dans d'autres pays, elles se sont vraiment développées pour la plupart autour du concept de discothèques de prêt. Ce n'est qu'au fil du temps que leur offre s'est élargie, avec des livres et des revues spécialisées, des partitions, des documents audiovisuels, et que les discothécaires sont devenus des bibliothécaires musicaux qui, depuis plusieurs années déjà, consacrent une bonne partie des rencontres nationales de leur asssociation ACIM aux réflexions sur l'évolution de leur offre et de leur métier. Ces sujets ont également été abordés notamment dans le dossier Musiques d'un numéro du BBF de 2002 et, parmi beaucoup d'autres rencontres de ce type, le seront également la semaine prochaine lors de la journée d'étude sur le thème Demain, la musique en bibliothèque organisée le 9 octobre à la Bibliothèque Buffon de Paris.
Le défi auquel se trouvent confrontées les sections Musique des bibliothèques est très bien résumé dans le commentaire de Xavier Galaup au message du blog Bibliothèque 2.0 sur Deezer et les bibliothèques musicales :
"Les bibliothèques musicales ont un rôle à jouer de:
- mise en perspective des musiques et des artistes
- faire découvrir la musique sous toute ses formes
- offrir un accès stable et à des fichiers de bonne qualité
- être un lieu, parmi d’autres, de sociabilité autour de la musique"

Hors le contexte précis de ce message (remplacer "fichiers" par "collection" pour couvrir tous les supports), cela résume parfaitement le projet idéal des bibliothèques musicales confrontées à la quasi-disparition prochaine de l'activité de prêt de phonogrammes : être en ville, après la disparition des disquaires spécialisés qui, pour les meilleurs jouaient souvent ce rôle, le lieu où l'on peut s'informer, échanger, se cultiver sur tous les aspects de la culture musicale, dans un contexte pour de service public, hors de tout échange commercial.
Car il n'est pas sûr du tout que la fourniture de musique sous forme de fichiers pourra supplanter le prêt de disques. Là où la vente de disques se faisait à l'unité, le prêt se faisait également à l'unité, à un coût bien moindre que l'achat pour le lecteur, qui pouvait ainsi découvrir et éventuellement en faire une copie pour son usage privé. Mais le modèle économique de l'offre de musique à télécharger, même sans licence globale, risque fort de ne pas se stabiliser sur le modèle de la vente à l'unité, mais plutôt de l'accès contre un prix fixe (abonnement) à une offre très large se comptant en centaines de milliers d'oeuvres. Autrement dit, la collection pensée, raisonnée, organisée que pourraient proposer les bibliothèques musicales risque fort de se retrouver incluse dans l'offre plus large à laquelle les particuliers pourront s'inscrire.
Est-ce à dire que que les bibliothèques musicales sont condamnées au déclin ou à la disparition ? J'espère bien que non ! Elles risquent fort de connaître un changement d'échelle et une mutation profonde de leur activité si le prêt tend à diminuer très fortement dans les prochaines années. Mais, dans la mesure où l'écoute de musique est l'un des loisirs culturels les plus pratiqués par les français de tous âges et où la pratique musicale en amateur est l'une des activités artistiques les plus répandues (je ne suis pas allé relire les enquêtes sur les pratiques culturelles, mais je ne pense pas trop me tromper), il est évident qu'une activité spécialisée sur la musique a sa place en bibliothèque.
Pour y faire quoi si ce n'est pas prioritairement pour prêter des disques ? Tout ce que décrivait Xavier Galaup plus haut, c'est à dire proposer dans un contexte de service public, hors de toute transaction commerciale, des informations et des ressources sur la culture musicale au sens large.
Pour prendre un exemple, si on lit dans une chronique de disque que Coldplay est produit par Brian Eno et qu'on ne connait rien de Brian Eno, on peut d'ores et déjà si on est curieux et habile avec sa souris, en savoir beaucoup sur son parcours d'artiste, producteur et penseur du rock, et écouter des extraits musicaux correspondants, mais dans la plupart des villes de France, la section musique d'une bibliothèque est le seul lieu où on peut échanger sur un tel sujet et découvrir en détails, disques, revues ou livres à l'appui, ses activités au sein de Roxy Music, en solo avec la musique ambiante ou ses disques chantés des années 1970, ses productions pour U2, mais aussi Talking Heads, Devo et Ultravox!, sees collaborations avec David Byrne, Robert Fripp ou Jon Hassel, ses théories comme les stratégies obliques,...
Outre les explorations et expérimentations sur la fourniture de musique sur support numérique, les pistes à explorer sont nombreuses pour les bibliothèques musicales :
  • être conscient de la valeur des collections de CDs qui ont été constituées et ne pas les laisser être dilapidées lors de l'obsolescence progressive de ce support, comme cela s'est trop souvent passé pour les microsillons;
  • travailler à fournir une information et un commentaire sur la musique et son actualité en complément des collections proposées, comme le fait par exemple le site Mediamus des bibliothécaires musicaux de Dole;
  • développer une offre pour tous ceux qui ont une pratique instrumentale amateur, souvent très peu concernés par l'offre des écoles de musique et conservatoires : on trouve souvent dans les discothèques des partitions, mais quid des méthodes d'(auto-)apprentissage, imprimées ou audiovisuelles, des revues spécialisées (Batteur Magazine, Guitar Part, Bassiste Magazine, etc.), voire même des animations sur ce thème ?
En tout cas, j'espère profiter encore longtemps d'une offre variée et stimulante dans les bibliothèques musicales que je fréquente, et oui, même si je n'en ai pas parlé, je suis bien conscient que la question se pose à peu près dans les mêmes termes pour les sections audiovisuel qui, après avoir prêté des cassettes vidéo, se concentrent actuellement sur le prêt de DVD.

mercredi 27 février 2008

Copinage


Pour fêter les 30 ans de la new wave, mon bon copain et presque voisin Pol Dodu donnera une "conférence musicale" le vendredi 14 mars à 19 h à la médiathèque d'Epernay.
Si vous voulez tout savoir sur l'année 1978 de la new wave, une période créativement faste qui a vu apparaître sur le devant de la scène dans l'immédiat après-punk des groupes comme Magazine, Devo, The Cure ou Pere Ubu, rendez-vous à Epernay ce soir-là. J'y serai.
Plus d'infos ici.