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mercredi 7 avril 2010

Le SCD de Toulouse 1 a libéralisé son service public !


Si on parlait d'argent ?, c'est le thème du prochain congrès de l'ABF mais c'est aussi un sujet éminemment d'actualité dans les universités, en cette période de crise économique et de bouleversement institutionnel avec la loi L.R.U. On vit plus globalement une époque formidable où, même s'il faut pincer pour le croire, on a institué une bourse au mérite (d'un montant de 800 € par an)  pour les lycéens ayant de très bons résultats au brevet des collèges. Inutile de préciser, l'expérience le prouve, que cette mesure désoriente les élèves méritants qui n'ont pas la "chance" d'être boursiers et met potentiellement une énorme pression sur les résultats scolaires des boursiers.
Côté universités, nous avons cru avec quelques collègues à un poisson d'avril quand nous avons appris les mesures mises en place par l'université de Toulouse 1 pour ce qui concerne les droits de bibliothèque. Malheureusement, il ne s'agissait pas d'une blague.
Côté droits d'inscriptions, on sait que l'UNEF dénonce depuis plusieurs années certaines pratiques qu'elle estime non réglementaires. Je précise tout de suite que ce qui est mis en place à Toulouse 1 semble rentrer "dans les clous" de la réglementation.
Le taux des droits de scolarité dans les établissements publics d'enseignement supérieur relevant du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche est fixé chaque année par un arrêté. Le dernier en date, celui du 30 juillet 2009, stipule que dans son article 19 que "La part du droit de scolarité affectée au service commun de documentation est fixée par le conseil d'administration de l'établissement. Elle ne peut être inférieure à 30 €.".
"Ne peut être inférieure", j'en conclus donc qu'un CA d'université qui souhaiterait augmenter les recettes de son SCD à la source, directement auprès de ses usagers, est tout à fait en droit de fixer de manière générale un taux supérieur à 30 €, sachant que les boursiers sont exemptés du paiement des droits d'inscription (exemption compensée par l'Etat).
Ce n'est pas la voie qui a été choisie par Toulouse 1, si l'on en croit le Règlement des bibliothèques, tel qu'il a été adopté par le Conseil de la documentation le 19 juin 2009 : "Les étudiants de l'Université Toulouse 1 Capitole qui s'acquittent des droits facultatifs de bibliothèque bénéficient de droits de prêt étendus."
Voilà, au moins c'est concis et en une phrase tout est dit : pour augmenter les ressources propres du SCD il a été décidé de "marchandiser" l'un de ses services de base, celui du prêt de document, et de vendre des "droits de prêt". Ce n'est pas précisé dans le règlement, mais je suppose, vu l'esprit de la chose, que les boursiers ne sont pas dispensés du paiement de ces droits facultatifs. Dans le règlement, il est précisé par contre que "Les prestations et les tarifs sont présentés dans le Guide du lecteur de chaque bibliothèque.". J'ai consulté tous ces guides et je n'y ai pas trouvé les tarifs d'inscription. Seule la page concernant le prêt de la bibliothèque de la Manufacture des Tabacs précise que le tarif pour les lecteurs extérieurs particuliers et de 42 € et de 500 € pour les entreprises.
En fait, comme à Sciences Po Toulouse, qui pratique également les frais facultatifs pour sa bibliothèque, je crois que la somme demandée aux étudiants de Toulouse 1 qui le souhaitent est de 15 €, en sus donc des 30 € de base. Et qu'est-ce qu'on leur propose aux étudiants contre cette somme de 15 € ? Et bien, puisque qu'on n'achète rien sans rien, on leur propose tout simplement d'augmenter leurs droits à emprunter des documents. Grosso modo, à la bibliothèque de l'Arsenal, qui doit être la principale du réseau, les possibilités d'emprunt de document sont au minimum doublées pour ceux qui se sont acquittés des droits facultattifs. Sachant que pour les étudiants en Licence le service de base ne permet d'emprunter que deux documents à la fois, on comprend que de nombreux étudiants soient tentés d' "acheter" la possibilité d'en emprunter trois de plus.
Franchement, avec une telle conception du service public, je trouve dommage que l'université de Toulouse 1 s'arrête en si bon chemin. Si elle veut continuer de renforcer les ressources propres de son SCD, voici quelques pistes, cumulables entre elles bien sûr, qui pourraient très vite rapporter beaucoup :
  • La dernière édition parue des manuels et autre ouvrages de référence est réservée aux étudiants s'acquittant de 20 € supplémentaires.
  • Pour 50 € par an, un fauteuil Pullman vous est réservé à votre nom dans la bibliothèque de votre choix.
  • Pour 200 € par an, l'accès à une salle de travail en groupe de 4 places maximum est garanti, avec autorisation de téléphoner et de se restaurer sur place.
  • Pour 400 € par an, vous êtes pris en charge dès l'entrée de la bibliothèque par un moniteur étudiant, qui porte vos sacs, va chercher les documents pour vous dans la bibliothèque et enregistre vos prêts, sert le café et vous évente en cas de besoin (J'ai cru comprendre qu'il arrive qu'il fasse chaud à Toulouse). Cette mesure a en outre l'avantage de développer l'emploi étudiant, permettant ainsi aux étudiants financièrement moins aisés de financer leurs droits de bibliothèque.
  • Pour 600 €, mais à ce tarif-là je ne suis pas sûr qu'il y aura beaucoup de clients, un numéro de téléphone vous est communiqué qui vous permettra 7 jours sur 7 et 24h/24 de joindre un bibliothécaire qui vous fournira toutes les informations dont vous avez besoin et rédigera vos devoirs.

mardi 5 janvier 2010

Une bonne année 2010 ?


Je vous la souhaite bien évidemment bonne à tous, cette année 2010, mais si, égoïstement, je la regarde arriver du point de vue du budget de notre SCD, je sais d'ores et déjà qu'elle ne sera pas bonne, voire même catastrophique.
Certes, la situation financière de notre université n'est pas brillante, globalement. Dans sa lettre de cadrage budgétaire, notre président rappelle que les deux précédents budgets ont été équilibrés via le recours à un prélèvement sur fonds de réserve (1,5 M € en 2008 et 0,75 M€ en 2009), un procédé auquel l'université ne souhaite plus recourir, d'autant moins que, dans le cadre du passage aux compétences élargies, il est réservé à l'investissement .
Ce même document précise que "La dotation de fonctionnement du service de documentation sera reconduite." Reconduite, sans tenir compte de l'inflation, ce n'est pas si mal, certes, mais évidemment ce n'est pas aussi simple. Car la structure du budget du SCD a largement évolué, ainsi que le périmètre de son activité.
Ainsi, depuis 2009, les 90 000 € de compensation pour la dispense de paiement des droits de bibliothèque des étudiants boursiers ne sont plus reversés au SCD, ou ont été intégrés à sa DGF sans qu'elle soit augmentée, ce qui revient au même.
De même, la lettre de cadrage budgétaire précise que "Le transfert des bibliothèques décentralisées vers les bibliothèques universitaires sera poursuivi afin de réduire une partie du surcoût que la structuration actuelle engendre." Réduction des surcoûts au sens large pour l'université, certes, mais pour le SCD, cela signifie bien, indépendamment des économies d'échelle, la prise en charge de coûts suplémentaires à budget constant. Cela est particulièrement vrai pour le réseau des bibliothèques de l'IUFM, intégré budgétairement au SCD en 2009, pour lequel le budget transféré n'a évidemment pas pris en compte la nécessaire mise à niveau de l'offre documentaire et de services amorcée dès l'an dernier.
Donc, pour résumer, on n'a pas plus d'argent pour faire plus de choses. Et si on s'intéresse à notre budget documentaire, qu'est-ce que ça donne ?
Et bien, sur un total de 1,3 M€ (J'arrondis tous ces chiffres), on a deux grosses masses financières qui augmentent mécaniquement car il s'agit d'abonnements :
  • Les périodiques imprimés (0,57 M€) qui repartent à la hausse (+ 3%) après une légère baisse en 2009 due à une vigoureuse campagne de désabonnements.
  • La documentation électronique (bases de données et périodiques : 0,54 M€) dont le coût fait un bond vertigineux de +34 %, malgré des décisions de désabonnements prises en 2009 et pour 2010.
    A ce sujet, l'attitude du secteur Recherche de l'université, représenté par son conseil scientifique, est édifiante. Alors qu'il contribuait jusqu'en 2007 pour un montant de 30 000 € au coût de la documentation électronique, il n'a pas versé cette somme en 2008 et a prétendu en 2009 qu'elle avait été intégrée à la subvention versée au SCD au titre du Plan Licence (prévu pour acquérir de la documentation de premier cycle !?!). Ce qui ne dispense évidemment pas bien sûr les enseignants-chercheurs qui en subissent les conséquences de se plaindre amèrement du moindre désabonnement à une ressource électronique.
Si vous avez bien suivi, vous aurez compris qu'il reste moins de 0,2 M€ (190 000 € en fait) pour ce qui, en ces temps de disette, constitue une malheureuse variable d'ajustement, les crédits pour l'achat de monographies.
Concrètement, pour notre section Droit-Lettres-Sciences Eco, les crédits inscrits au budget primitif pour l'achat de monographies se voient réduits de presque 50%, passant de 200 000 à 100 000 €. Les financements divers sollicités et obtenus en 2009 avaient porté ce budget à 250 000 €. Même si nos efforts pour sont redoublés en ce sens en 2010, il parait impossible de pallier cette baisse conséquente.
Pour ma part, je n'ai pas un lien affectif particulier avec les crédits de l'établissement qui m'emploie ni avec les collections qu'ils permettent d'acquérir. Ce qui me pose problème, ce sont les conséquences que les choix budgétaires qui ont été faits vont avoir sur la qualité du service fourni aux étudiants et leur contexte de travail.

Qu'on se comprenne bien. Si l'université a une double mission, de recherche et de formation, je considère que celle de formation initiale ou continue est primordiale. Or, voilà une université pluridisciplinaire, dont l'activité principale est la formation initiale en premier cycle universitaire, qui connait un fort taux d'échec ou d'abandon de ses étudiants, et qui fait des choix budgétaires tels qu'ils nient la volonté affichée encore récemment de faire des bibliothèques universitaires les partenaires de la réussite étudiante. Pour notre campus, l'évolution du budget des monographies correspond à une baisse de 12 € par étudiant !

Etant donné que l'exécutif de l'université ne semble ni entendre ni comprendre les arguments de ses bibliothécaires, il ne nous reste à espérer qu'une chose : que les étudiants se rendent compte assez tôt en cette année 2010 que le budget tel qu'il a été voté implique une réduction de moitié du nombre de nouveaux manuels et autres documents de référence, comme les codes juridiques, et qu'ils interviennent à temps pour redresser la barre lors d'une prochaine décision budgétaire modificative. A nous de les alerter...