mardi 26 janvier 2010

Emprunter un bibliothécaire, c'est possible !


Lancer des idées, faire des propositions, c'est bien. Tenter de les mettre en oeuvre, c'est mieux !
Il y a presque un an, j'ai lancé l'idée d'acclimater par chez nous le prêt de bibliothécaires. Aujourd'hui, et pour une expérimentation d'un semestre, nous proposons sur notre campus d'emprunter un bibliothécaire.

Les conditions de l'expérience sont les suivantes :

  • Le service est réservé au personnel universitaire du campus
  • Les possibilités d’emprunt sont de 1 bibliothécaire par trimestre pour une durée de 2h renouvelable 1h immédiatement après.
  • L'emprunt peut se faire sur place à la bibliothèque ou dans un bureau ou un laboratoire du campus Croix-Rouge.
  • Les bibliothécaires concernés sont les quatre conservateurs de la section, tous volontaires.
  • Les personnes intéressées rempliront un formulaire avant l'emprunt, pour évaluer la demande et déterminer quel bibliothécaire y répondra, et après, pour contribuer à l'évaluation de l'expérimentation.

La limitation au personnel universitaire - les enseignants sont le principal public visé - existe pour s'assurer d'être en mesure de répondre rapidement aux éventuelles demandes. La période, janvier à juin, a été choisie car c'est celle où nous sommes le moins pris par les sessions de formation à la recherche documentaire.

Pour ce qui me concerne, l'enjeu principal de l'expérimentation est de voir si une demande pour ce type de service existe ou non parmi le public visé.
Si c'est non, on retentera peut-être le coup en 2011 en visant cette fois-ci les doctorants et autres étudiants avancés.
Si c'est oui, espérons que le bilan de l'expérience permettra alors de vaincre les réticences d'un bon nombre de nos collègues.
En effet, si la proposition a fait l'unanimité sans soulever de problème particulier au sein de l'équipe de direction du SCD, elle a suscité une forte opposition au sein de la section. Pas tant sur la prestation de service proposée que sur l'analogie faite avec le prêt de documents pour la définir et la dénommer. Bien qu'ils ne soient pas amenés à participer directement au service, plusieurs collègues ont exprimé leur crainte d'être assimilés par extension à des objets et de voir ainsi se renforcer le manque de considération qu'ont certains enseignants pour les bibliothécaires. Ils craignent également que cette dénomination, par son manque de sérieux, dégrade l'image de marque de la bibliothèque. Pour ma part, en optimiste qui tente de rester lucide, je suis persuadé que mettre en avant nos compétences et nous rendre utile en rendant un réel service ne peut qu'améliorer nos relations avec les usagers...

mardi 5 janvier 2010

Une bonne année 2010 ?


Je vous la souhaite bien évidemment bonne à tous, cette année 2010, mais si, égoïstement, je la regarde arriver du point de vue du budget de notre SCD, je sais d'ores et déjà qu'elle ne sera pas bonne, voire même catastrophique.
Certes, la situation financière de notre université n'est pas brillante, globalement. Dans sa lettre de cadrage budgétaire, notre président rappelle que les deux précédents budgets ont été équilibrés via le recours à un prélèvement sur fonds de réserve (1,5 M € en 2008 et 0,75 M€ en 2009), un procédé auquel l'université ne souhaite plus recourir, d'autant moins que, dans le cadre du passage aux compétences élargies, il est réservé à l'investissement .
Ce même document précise que "La dotation de fonctionnement du service de documentation sera reconduite." Reconduite, sans tenir compte de l'inflation, ce n'est pas si mal, certes, mais évidemment ce n'est pas aussi simple. Car la structure du budget du SCD a largement évolué, ainsi que le périmètre de son activité.
Ainsi, depuis 2009, les 90 000 € de compensation pour la dispense de paiement des droits de bibliothèque des étudiants boursiers ne sont plus reversés au SCD, ou ont été intégrés à sa DGF sans qu'elle soit augmentée, ce qui revient au même.
De même, la lettre de cadrage budgétaire précise que "Le transfert des bibliothèques décentralisées vers les bibliothèques universitaires sera poursuivi afin de réduire une partie du surcoût que la structuration actuelle engendre." Réduction des surcoûts au sens large pour l'université, certes, mais pour le SCD, cela signifie bien, indépendamment des économies d'échelle, la prise en charge de coûts suplémentaires à budget constant. Cela est particulièrement vrai pour le réseau des bibliothèques de l'IUFM, intégré budgétairement au SCD en 2009, pour lequel le budget transféré n'a évidemment pas pris en compte la nécessaire mise à niveau de l'offre documentaire et de services amorcée dès l'an dernier.
Donc, pour résumer, on n'a pas plus d'argent pour faire plus de choses. Et si on s'intéresse à notre budget documentaire, qu'est-ce que ça donne ?
Et bien, sur un total de 1,3 M€ (J'arrondis tous ces chiffres), on a deux grosses masses financières qui augmentent mécaniquement car il s'agit d'abonnements :

  • Les périodiques imprimés (0,57 M€) qui repartent à la hausse (+ 3%) après une légère baisse en 2009 due à une vigoureuse campagne de désabonnements.
  • La documentation électronique (bases de données et périodiques : 0,54 M€) dont le coût fait un bond vertigineux de +34 %, malgré des décisions de désabonnements prises en 2009 et pour 2010.
    A ce sujet, l'attitude du secteur Recherche de l'université, représenté par son conseil scientifique, est édifiante. Alors qu'il contribuait jusqu'en 2007 pour un montant de 30 000 € au coût de la documentation électronique, il n'a pas versé cette somme en 2008 et a prétendu en 2009 qu'elle avait été intégrée à la subvention versée au SCD au titre du Plan Licence (prévu pour acquérir de la documentation de premier cycle !?!). Ce qui ne dispense évidemment pas bien sûr les enseignants-chercheurs qui en subissent les conséquences de se plaindre amèrement du moindre désabonnement à une ressource électronique.
Si vous avez bien suivi, vous aurez compris qu'il reste moins de 0,2 M€ (190 000 € en fait) pour ce qui, en ces temps de disette, constitue une malheureuse variable d'ajustement, les crédits pour l'achat de monographies.
Concrètement, pour notre section Droit-Lettres-Sciences Eco, les crédits inscrits au budget primitif pour l'achat de monographies se voient réduits de presque 50%, passant de 200 000 à 100 000 €. Les financements divers sollicités et obtenus en 2009 avaient porté ce budget à 250 000 €. Même si nos efforts pour sont redoublés en ce sens en 2010, il parait impossible de pallier cette baisse conséquente.
Pour ma part, je n'ai pas un lien affectif particulier avec les crédits de l'établissement qui m'emploie ni avec les collections qu'ils permettent d'acquérir. Ce qui me pose problème, ce sont les conséquences que les choix budgétaires qui ont été faits vont avoir sur la qualité du service fourni aux étudiants et leur contexte de travail.

Qu'on se comprenne bien. Si l'université a une double mission, de recherche et de formation, je considère que celle de formation initiale ou continue est primordiale. Or, voilà une université pluridisciplinaire, dont l'activité principale est la formation initiale en premier cycle universitaire, qui connait un fort taux d'échec ou d'abandon de ses étudiants, et qui fait des choix budgétaires tels qu'ils nient la volonté affichée encore récemment de faire des bibliothèques universitaires les partenaires de la réussite étudiante. Pour notre campus, l'évolution du budget des monographies correspond à une baisse de 12 € par étudiant !

Etant donné que l'exécutif de l'université ne semble ni entendre ni comprendre les arguments de ses bibliothécaires, il ne nous reste à espérer qu'une chose : que les étudiants se rendent compte assez tôt en cette année 2010 que le budget tel qu'il a été voté implique une réduction de moitié du nombre de nouveaux manuels et autres documents de référence, comme les codes juridiques, et qu'ils interviennent à temps pour redresser la barre lors d'une prochaine décision budgétaire modificative. A nous de les alerter...

jeudi 17 décembre 2009

Les casques en pointe !

Street art de No Cents, probablement. Photo de Pugsums. Licence Creative Commons By 2.0.
Voilà un service improvisé, presque clandestin (il n'est listé ou affiché nulle part) et qui est en forte progression d'un seul coup cet automne !
Une fois les services de base fournis, on se creuse parfois les méninges pour proposer au public des services complémentaires, éventuellement innovants. Parfois, il suffit d'écouter ses usagers et de proposer quelque chose de simple mais d'utile pour que ça marche ! C'est le cas chez nous pour le prêt de casques audios.
Lorsque notre bibliothèque a ouvert en 2006, les postes de consultation Images et Son étaient équipée de casques, mais il n'y en avait pas sur les ordinateurs, pourtant pourvus de cartes multimédia. Personne n'y avait pensé, ou personne n'en avait vu le besoin, jusqu'à ce qu'un usager s'adresse un jour à un bureau de renseignement pour demander si on avait un casque à lui prêter.
Suite à cela, il a été décidé de mettre deux casques audios à la disposition du public à l'une des banques de renseignement, que nous prêtons contre le dépôt de la carte d'étudiant.
Je le disais, pas d'affichage, pas de promotion pour ce service, mais il a toujours bien fonctionné, les usagers se présentant d'eux-mêmes au poste de renseignement ou se passant le mot, avec un ou deux habitués empruntant un casque très régulièrement. Au bout d'un moment, on a même doublé l'offre de casques en en proposant deux de plus à l'autre banque de renseignement.
Pour ma part, j'ai émis l'avis à mon arrivée l'an dernier que ce service avait peu vocation à se développer, sachant que la majorité des étudiants ont sur eux des écouteurs (de lecteur multimédia ou de téléphone) qu'ils peuvent brancher sur les ordinateurs.
Je me trompais lourdement ! Depuis cet automne, le nombre de prêts de casques explose : 25 en septembre, mois de rentrée, mais 75 en octobre et 135 en novembre, sachant que ces statistiques sont basées sur le nombre de bordereaux que nous remplissons quand nous prêtons un casque (c'est donc un minimum, le bordereau n'étant pas systématiquement rempli) et que, certains après-midi, il nous est arrivé de refuser 4 ou 5 prêts en une heure par manque de casques.
Pourquoi cet engouement soudain pour les casques ? Parce que le son est meilleur qu'avec les oreillettes, bien sûr, et parce que ces casques isolent mieux des bruits ambiants, certes. Mais surtout parce que l'utilisation des technologies de l'information et de la communication pour l'éducation se développe et nombre d'étudiants, qui n'ont peut-être pas d'ordinateur personnel, utilisent les postes informatiques de la bibliothèque pour regarder des vidéos mises en ligne par des enseignants, écouter des podcasts, travailler sur des partitions (il y a une formation de musicologie sur le campus) ou faire un exercice de compréhension orale en langue étrangère.
Moralité ? On peut se planter dans ses pronostics, et surtout, nous venons de rajouter un casque à notre collection !

mercredi 9 décembre 2009

Sciences Po à Reims : une catastrophe plutôt qu'une chance pour l'université

Entrée du Collège des Jésuites à Reims par Doucet (avant 1932). Crédit photo :  Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (archives photographiques)
Ça y est, c'est fait, c'est signé : Accueilli à chéquier ouvert par trois collectivités territoriales (la Ville de Reims, le Département de la Marne et la Région Champagne-Ardenne), Sciences Po va ouvrir un campus universitaire de premier cycle à Reims à la rentrée 2010.
Les trois collectivités vont investir à part égale plus de 76 millions d'euros pour que Sciences Po s'installe dans l'ancien Collège des Jésuites. Elles verseront également pendant 20 ans une subvention de fonctionnement de 3 000 € par étudiant et par an, ce qui pourrait donner un total annuel de 5,4 million d'euros (plus l'inflation !) à partir de 2015 si les prévisions d'effectif de 600 étudiants par promotion sont atteintes.
A ces sommes, il faut ajouter pour la Ville de Reims et les partenaires concernés (le ministère de la culture et la Région) le coût de l'installation du Fonds Régional d'Art Contemporain dans de nouveaux locaux (quelques millions d'euros de plus, j'imagine) ainsi que le transfert des services municipaux précédemment hébergés dans ces locaux prestigieux de la place Museux, dont le Planétarium.
Alors oui, comme le souligne la presse, ça fait cher. Pourtant, les trois collectivités ont voté dans un bel élan pour accepter de signer la convention correspondante avec Science Po, à l'unanimité ou presque, gauche et droite réunies, qu'elles soient dans l'opposition ou la majorité.
Parmi les rares à avoir fermement exprimé leur opposition à ce projet, il y a Richard Vistelle, président de l'Université de Reims qui, en tant que membre du Conseil économique et social régional, a exprimé son inquiétude quant aux possibilités futures de financement de l'université. Mais les dés étaient déjà jetés et le vote du conseil régional quasiment acquis d'avance et Sciences Po avait d'ailleurs lancé le recrutement du directeur du site avant même ce dernier vote, comme l'a souligné Pierre Dubois sur son blog Histoire d'Universités, blog sur lequel il a pris fermement position à de nombreuses reprises contre ce projet.
Pourquoi Sciences Po à Reims ? Du point de vue de Siences Po, c'est assez simple : il s'agit de renforcer son recrutement et de désengorger à bon compte ses locaux parisiens en faisant effectuer les trois années de licence sur des campus délocalisés (Nancy, Poitiers, Le Havre, Menton, Dijon et Reims, donc).
Du point de vue des collectivités locales, c'est simple également. On pourrait naïvement penser que le but est de proposer localement une offre d'enseignement supérieur de qualité, mais on se tromperait lourdement. Non, il s'agit d'améliorer la notoriété et l'attractivité de Reims et sa région. Seul un tel objectif peut d'ailleurs expliquer que des collectivités qui n'ont aucune compétence particulière dans le domaine de l'enseignement supérieur s'investissent aussi fortement sans se faire taper sur les doigts par le contrôle de légalité.
Car oui, les choix d'implantation des campus de Sciences Po, s'ils sont avant tout économiques, sont également pratiques (Reims, qui connaissait les turbo-profs avant même l'arrivée du TGV, est proche de Paris) et "touristiques" : il suffit pour en avoir la confirmation de lire la présentation des campus décentralisés sur le site de Sciences Po. Et puis, ce n'est pas un hasard si ce projet a été porté par Reims Champagne Développement, l'agence créée par la ville et la CCI pour favoriser l'implantation d'entreprises.
Mais intéressons-nous directement aux argumentaires fournis aux élus des trois collectivités. Dans la note de synthèse explicative fournie aux conseillers municipaux, on trouve : "La stratégie d’accueil de grandes écoles participe de l’attractivité et de la notoriété d’une grande ville comme celle de Reims.", "le prestigieux Institut d’Etudes Politiques de Paris", "Les élèves accueillis seront de jeunes Français, Européens et Internationaux." "Outre l’aura que donnera l’installation à Reims de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris qui aura, sans nul doute, une répercussion sur l’Université, outre les retombées économiques de plus de 1 500 personnes (élèves et enseignants) sur ce bassin de vie, il est prévu qu’une convention particulière soit conclue avec le rectorat, au niveau régional pour promouvoir la diversité dans le recrutement de l’école."...
Au conseil général, le rapporteur Jean-Pierre Bouquet assène : "L'enjeu (...) est évident". L'enjeu au plan de la notoriété est également évident à moyen terme. L'enjeu que constitue pour nous un renforcement de notre université représente un véritable défi autant qu'une nécessité pour l'attractivité de notre Région. La somme de ces enjeux correspond aux axes stratégiques de Marne 2020 et un tel projet ne peut prendre son essor que dans le temps."
Au-delà de ces platitudes et de ces voeux pieux, le recueil des délibérations du conseil régional a l'avantage de nous fournir le texte complet de la convention qui a désormais été ratifiée par toutes les parties concernées.
Si on sait à quoi s'engagent les collectivités (grosso modo à mettre à disposition gratuitement un campus tout neuf dans un lieu prestigieux et à participer au fonctionnement), l'analyse des "engagements" de l'Institut d'Etudes Politiques nécessiterait une sémantique fine pour éviter de mourir de rire jaune :
Sciences Po s'engage à ouvrir un campus à Reims composé d'un collège universitaire (c'est le but de toute l'opération) qui sera complété d'autres formations "à déterminer". "Sciences Po s'engage à recourir à recourir aux enseignants et intervenants nécessaires ainsi qu'à mettre en place les moyens et équipements utiles au programme." "Sciences Po met progressivement en place une équipe d'encadrement permanente". "Sciences Po participe, le cas échéant, selon des modalités à définir, notamment par le biais de ces étudiants aux projets de la Ville, de la Région et du Département", etc.

Dans un premier temps, je n'ai pas été particulièrement choqué d'apprendre que les collectivités allaient investir autant pour "offrir" ce campus à Sciences Po.
Je l'ai été un peu plus quand j'ai appris l'existence de cette subvention de fonctionnement de 3 000 € par étudiant et par an, avec un engagement sur 20 ans. Imaginez les sommes que ça représenterait si ces mêmes collectivités faisaient un effort équivalent pour les 20 000 étudiants de l'université de Reims !
Je l'ai été encore plus quand j'ai découvert, en consultant le site des admissions de Sciences Po que, contrairement à ce qui se passe pour les autres campus décentralisés, le programme du campus Transatlantique de Reims sera enseigné exclusivement en anglais. Ce point essentiel ne figure absolument pas dans la convention signée avec les collectivités et n'a jamais été évoqué lors des discussions. Pourtant, ça change tout.
D'abord, ça interroge sur la validité même du projet : à quoi sert de faire traverser l'Atlantique à des étudiants pour les faire baigner dans la culture française et européenne si on ne leur parle pas un mot de français pendant les cours. D'un point de vue écologique, il aurait été plus sage d'implanter ce campus au Canada, par exemple.
Ensuite, mais c'est un détail, pour autant que je l'ai compris, l'Institut d'Etudes Politiques de Paris est un établissement public français d'enseignement supérieur. Dans un pays aussi protectionniste vis-à-vis de sa langue, ça me surprend qu'on puisse envisager un enseignement largement subventionné entièrement en anglais (une certaine proportion pour un enseignement international ne m'aurait absolument pas fait tiquer, bien sûr).
Surtout, ce critère (il est obligatoire pour être admis de fournir des résultats de tests de TOEFL (IBT) à 100 ou TOEIC à 900, par exemple, être anglophone ne suffit pas) invalide quasiment de fait l'un des engagements de Sciences Po (article 9) qui a contribué à emporter le soutien unanime des élus : celui de l'accès des lycéens de Champagne-Ardenne à Sciences Po. Je ne tiens peut-être pas l'Education Nationale française en suffisamment haute estime, mais je me demande quelle proportion infime d'élèves de terminale de la région sera susceptible simplement d'avoir un niveau d'anglais suffisamment bon pour intégrer le campus de Reims.
On l'a vu, les arguments majeurs pour justifier le pont d'or fait à la prestigieuse école parisienne sont la notoriété accrue de la région et les retombées économiques locales dues à l'implantation du campus (1800 étudiants à terme, plus les enseignants). Sur le premier point, on sait bien que c'est Sciences Po qui a et aura la réputation et la notoriété, pas le campus de Reims, qui ne sera que l'un parmi six des campus de province.
Pour les retombées économiques, hormis la SNCF qui peut d'ores et déjà se frotter les mains et prévoir de rajouter des TGV pour Paris, je prends le risque d'affirmer qu'elles seront bien inférieures aux espoirs. Et l'arithmétique est avec moi. Les calculs pour la subvention de fonctionnement portent sur 1 800 étudiants présents pendant trois années scolaires à Reims. Sauf que, comme le mentionne en toutes lettres la convention : la formation initiale "est organisée en deux semestres d'études par année universitaire de 12 semaines chacun. Chaque semaine comporte un maximum de 22 heures d'enseignement hebdomadaire". Ce qui nous fait donc 24 semaines de cours à Reims par an (moins de 6 mois, donc,...) pour un maximum de 528 h de cours à l'année, ce qui fixe le subventionnement local des enseignements au taux de 5,68 € de l'heure (et encore, je ne me suis pas amusé à intégrer l'amortissement des 76 M€ d'investissement sur 20 ans sinon je pleurais).
Mais ce n'est pas tout, et c'est même pire ! La convention précise pour la L3 que "cette dernière s'effectue obligatoirement à l'étranger, en séjour d'études ou en stage." Autrement dit, les étudiants, dont la 3e année de scolarité sera aussi subventionnée en fonctionnement, ne seront pas sur place sur le campus de Reims. Ils n'y seront donc que 48 semaines pour un maximum de 1 056 h, ce qui fait grimper le taux de subvention local à 8,52 € de l'heure !!

On l'a compris, je pense que les élus locaux s'illusionnent gravement et se fourvoient en pensant que la région bénéficiera à terme de cette implantation. Notre région Champagne-Ardenne, pas particulièrement pauvre mais l'une des rares à perdre des habitants, a tendance à ne pas s'aimer et à manquer de confiance en elle. Alors que Sciences Po va s'installer, l'Université de Reims Champagne-Ardenne est dans une situation financière délicate. Elle a équilibré son budget ces deux dernières années en puisant dans ses réserves. L'opération de reconstruction de ses campus vieillissants, notamment le projet de réunir les deux campus principaux, n'est pas financée.
Le taux d'échec en premier cycle est de l'ordre de 70 %, plan Licence ou pas. C'est pourquoi, il me semble que le projet avancé par Pierre Dubois de création d'un lycée d'enseignement supérieur dans l'ancien collège des Jésuites à la place du campus de Sciences Po aurait bien plus profiter à la région (et ce d'autant plus que, malheureusement, la réussite en premier cycle n'est pas la priorité et ne risque pas de l'être tant que les universités seront systématiquement dirigées par des enseignants-chercheurs).
Dans Reims Métropole Magazine, Guillaume Gellé, vice-président du conseil des études et de la vie universitaire avance que « Un nom aussi prestigieux ne peut que dynamiser l’université de Reims ». Je pense qu'il se trompe d'une lettre et voulait dire "dynamiter"...

Pour finir, continuons à savourer amèrement l'arrivée de Sciences Po à Reims en rappelant ces quelques points :

  • Historiquement (dès 1548), comme l'explique encore Pierre Dubois, le collège des Jésuites a posé des problèmes à l'université de Reims.
  • En mai 1968, ce bâtiment où va s'intaller Sciences Po, accueillait la Fac de Droit. l'une des raisons du déménagement dans un campus à l'extérieur de la ville était la vétusté des locaux. Avec beaucoup d'argent, tout se rénove, même 40 ans après.
  • Les 76 M€ d'investissement se répartissent en 72,5 M€ pour l'immobilier, mais aussi 2,88 M€ pour le premier équipement informatique et audiovisuel et 700 000 € pour la création d'un fonds documentaire.
  • La bibliothèque de l'Ancien Collège des Jésuites de Reims est très célèbre. La bibliothèque de Sciences Po s'installera elle dans un nouveau bâtiment, construit dans la cour des bâtiments actuels. Le fonds initial de 20 000 documents, constitué sur une durée de 7 ans et intégralement financé par les collectivités, sera bilingue. Anglais-espagnol, je suppose, vu que les étudiants viendront principalement des Amériques et n'étudieront pas en français...
  • A titre de comparaison, la Région, qui a largement financé et construit la BU Robert de Sorbon, a refusé à l'époque de subventionner la constitution, ou plutôt l'élargissement du fonds documentaire. Le budget annuel de 100 000 € entièrement subventionné par les trois collectivités est supérieur au budget primitif initial que la BU Droit-Lettres de Reims pourra consacrer en 2010 à l'achat de monographies pour les 8 000 étudiants du campus...
  • L'élu porteur du projet Sciences Po à la Ville de Reims, Serge Pugeault, deuxième adjoint, chargé du développement économique, des grands projets, de l'enseignement supérieur et de la prospective, est de profession... professeur de droit public à l'université de Reims. S'il était sportif, on pourrait parler de but contre son camp !

Documents officiels :
Note de synthèse 297 sur la convention avec Sciences Po, Conseil municipal de Reims du 29 juin 2009, via Histoire d'Universités.
Recueil des actes administratifs du conseil général de la Marne du 28 juillet 2009 (page 156)
Délibérations de l'assemblée extraordinaire du conseil régional de Champagne-Ardenne du 23 novembre 2009 (page 60)


Bibliothèque du Collège des Jésuites à Reims par Max Sainsaulieu (avant 1919). Crédit photo :  Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (archives photographiques)

mardi 1 décembre 2009

Une bibliothèque où le téléphone a naturellement sa place

Photo : BBC
Il y a quelques temps, j'avais suggéré de recycler les cabines téléphoniques de France Télécom pour en faire des cabines insonorisées facilitant l'usage du téléphone portable en bibliothèque.
La BBC nous apprend, et Actualitté aussi via le Bouillon du Bibliobsédé, que le village de Westbury-sub-Mendip, dans le sud-oust de l'Angleterre a fait mieux.
Dans le cadre d'une opération nationale, la mairie a racheté une des célèbres cabines téléphonique rouges anglaises pour la somme de 1 £ et en a fait la plus petite bibliothèque d'Angleterre, ce qui lui a valu de gagner un prix dans un concours national d'idées originales de réutilisation des cabines organisé par British Telecom, cette idée étant venue à une habitante, Janet Fisher, suite à l'arrêt du passage du bibliobus.
L'appellation de bibliothèque est quelque peu usurpée, puisque, comme le nom du service The Book Exchange (La Bourse aux Livres) l'indique, la cabine est avant tout utilisée comme mobilier urbain pour héberger une opération de bookcrossing à l'échelle de la commune.

Mais cependant, certains tropismes des bibliothèques sont déjà notables :

  • On a d'ores et déjà à faire à une médiathèque, car spontanément les gens ont déposé des CD et des DVD en plus des livres.
  • La question des heures d'ouverture de ce service public est mise en avant puisque, en l'absence de personnel et les questions de sécurisation des collections ne se posant, le service étant libre et ouvert à tous, la mairie peut fièrement annoncer 168 h d'ouverture hebdomadaire (Ne cherchez pas, ça fait 24h/24 7 jours/7).
  • Il y a d'ores et déjà une spécialisation des espaces en fonction du type de document et du public visé puisque, presque naturellement, le rayon du rez-de-chaussée est réservé aux documents jeunesse.
  • Comme dans toute bibliothèque, on trouve déjà au moins un panneau d'interdiction (de fumer dans ce cas précis, voir ci-dessous). J'en ai vu jusqu'à 6 ou 7 à l'entrée de certaines bibliothèques. Ça donne envie de pousser la porte !

mercredi 25 novembre 2009

Un changement d'époque


En circulant dans les espaces publics de la bibliothèque, je me suis fait plusieurs fois la remarque depuis la dernière rentrée universitaire que le nombre d'ordinateurs portables utilisés par les étudiants à la bibliothèque était en forte progression.
Pour en avoir le coeur net, hier après-midi mardi 24 novembre, jour de fréquentation marquée mais pas exceptionnel (un peu plus de 3500 entrées), j'ai fait le tour de la bibliothèque à 15h.

Voici le résultat de ce comptage ponctuel :

  • 104 ordinateurs personnels de toutes tailles (y compris un nombre non négligeable de netbooks) étaient en utilisation dans les grandes salles, mais aussi dans les salles de travail en groupe et dans la salle d'actualité.


  • 61 des 110 ordinateurs légers de la bibliothèque (navigation sur internet, visionnage et impression des documents mais pas d'outils de bureautique) étaient en cours d'utilisation, soit un taux d'occupation de 55 %.


  • 39 des 42 ordinateurs de bureau de la bibliothèque effectivement disponibles pour le public (d'autres sont réservés en ce moment aux formations), proposant les outils standards de bureautique, étaient en cours d'utilisation, soit un taux d'occupation de 92 %.
On constate donc que les usagers "doublent" le parc informatique pourtant conséquent mis à leur disposition, sans que celui-ci soit pour autant négligé (Il était utilisé globalement à 65 %).
Cela en dit long sur l'évolution des pratiques numériques des étudiants, sachant que nous sommes sur un campus de droit, lettres, économie et sciences sociales et humaines.
Ces appareils sont moins facilement repérables, mais je suis sûr que l'usage des smartphones est également en train de se développer, y compris pour se connecter à internet.

Quelle leçon tirer de ces constatations (que je renouvellerai de temps en temps, mais un premier essai la semaine précédente avait donné un nombre équivalent, 109, d'ordinateurs personnels utilisés dans la bibliothèque) ? Peut-être tout simplement que la possibilité d'utiliser l'informatique communicante fait bien partie des services de base que doit fournir une bibliothèque. Cela comprend la mise à disposition de postes informatiques, mais aussi la possibilité de brancher ses propres appareils et de se connecter à Internet.

Concernant les branchements électriques, je pense qu'au moment de la rédaction du cahier des charges dans la première moitié des années 2000 et de l'ouverture de la bibliothèque en 2006, les collègues pensaient avoir vu très large en faisant installer 8 prises électriques pour le public sur la moitié des tables de 12 places de nos grandes salles. On va peut-être prochainement constater que ce n'était pas suffisant : les tables avec prises sont les premières occupées, et quand on voit des batteries de 5 à 7 portables branchés sur une même table on se dit qu'on risque d'atteindre rapidement un seuil de saturation.

Par contre, ce qui n'est pas saturé, presque à mon étonnement, c'est le réseau wi-fi de l'université. Le nombre de bornes installées dans la bibliothèque n'est pas exceptionnel (4 je crois), et bien entendu tous les usagers qui utilisent un ordinateur ne sont pas constamment en train d'utiliser Internet, mais quand même, il est bon de constater qu'aucun problème d'accès au réseau ne vient à nos oreilles, même quand celui-ci est très sollicité.

L'autocollant qui indique depuis peu les endroits où des prises électriques sont cachées sous les trappes des tables en salle.

dimanche 15 novembre 2009

L'indexation sujet dans les catalogues, fierté et honte des bibliothécaires


Nous sommes actuellement en pleine période de formation des premières années de licence : visite de la bibliothèque, présentation de l'offre documentaire et de services, utilisation du catalogue et de ressources en ligne.
Pour le catalogue, nous préconisons une méthode qui me parait tout à fait efficace et sensée et que je préconise depuis longtemps : dans la majorité des cas, se contenter pour commencer d'une recherche simple puis, lorsqu'on a trouvé un document correspondant visiblement à ce que l'on recherche, cliquer sur le mot sujet correspondant pour obtenir la liste de tous les documents dûment identifiés par la bibliothèque comme traitant précisément du même sujet.
Très bien, sauf que ça ne marche pas.
Depuis plus de trois ans, j'ai pu le constater, à chaque fois que j'ai fait des contrôles soit pour répondre à la demande d'un usager, soit dans le cadre de mes propres recherches : 9 fois sur 10 au moins, on constate des incohérences dans l'indexation sujet. Je ne parle pas ici de la part de subjectivité inhérente à la pratique de l'indexation, ni même de la difficulté de choisir le niveau de l'indexation, du général au particulier. Non, ce que je constate dans les catalogues que j'ai utilisés, à Nancy ou à Reims, ce sont de vraies incohérences : des éditions différentes d'un même document qui ont à peine un sujet en commun ou des façons différentes de décrire un même sujet.
Prenons un exemple. L'autre jour, je voulais vérifier si le livre Accueillir les publics de Marielle de Miribel que mes collègues m'avaient transmis avait été mis sur ma carte. Par distraction et par atavisme, j'ai tapé comme mots clés "accueillir orienter" dans notre catalogue, ce qui m'a bien sûr renvoyé à la notice du livre de référence de Bertrand Calenge, Accueillir, orienter, informer.
Plutôt que de faire une autre recherche, j'ai voulu faire mon test habituel : rebondir sur un mot-clé sujet pour retrouver l'autre livre. Peine perdue : les deux livres n'ont aucun descripteur sujet en commun, alors qu'il n'y a pas besoin de se creuser longtemps pour savoir que leurs thématiques sont très proches. Mais là, on trouve en sujets pour le Calenge "Bibliothèque et lecteurs" et "Bibliothèques - Utilisation" et pour le Miribel "Bibliothèques - Accueil et orientation des publics", "Bibliothèques - Services aux publics" et "Bibliothèques - Publics".
L'indexation des deux éditions du livre de Bertrand Calenge, en 1996 et 1999, se recoupe en partie, mais en partie seulement.
Alors à quoi est-ce dû ? Notre catalogue n'est pas plus mauvais qu'un autre, nous jouons à fond le jeu du SUDOC... En fait, je pense que tous les catalogues connaissent ce genre de problème, surtout au fil du temps, car le catalogue, emblème de la bibliothèque, est aussi un témoin de son histoire et, avec ses différentes strates, un témoin archéologique de la l'histoire de l'établissement.
Quoi qu'on fasse, un catalogue ne sera jamais parfait et une indexation sujet ne sera jamais parfaitement cohérente à l'échelle d'une collection de plusieurs centaines de milliers de documents catalogués sur des dizaines d'années (On connait tous pourtant des collègues qui ne s'en sont pas encore rendus compte et perdent leur temps et se rendent malades à essayer de "nettoyer" leur catalogue chéri. Je ne sais pas vous, mais moi j'appelle ça la cataloguite aigue).
Pour ma part, ce qui m'inquiète, c'est que notre catalogue tel qu'il fonctionne actuellement avec son rebond sur les mots clés sujet ne rend pas un bon service aux usagers. Pire, il les induit en erreur : on lui laisse croire qu'en choisissant de cliquer sur un sujet il va obtenir la liste de tous ceux qu'on lui propose sur ce sujet précis, ce qui est rarement le cas.
Que faire alors ? Abandonner tout bonnement l'indexation sujet ? Sûrement pas. Il me semble que les bibliothécaires sont en plein dans leur rôle en indiquant ou en validant les sujets traités par un document donné en fonction des usagers potentiels de la bibliothèque.
Non, ce qu'il faut, c'est modifier nos OPAC. Cette histoire de liens pré-établis entre des autorités normalisées, ça ne marche pas. Ce qui fonctionne, et ce qui existe déjà, même si c'est pour des outils encore novateurs peu répandus, c'est la possibilité d'un rebond sur un sujet - ou sur tout autre type de donnée descriptive - à partir de facettes qui ne sont pas pré-établies d'avance mais dont la liste est établie à partir des résultats mêmes de la requête, piochés dans la zone sujet, mais aussi dans les autres zones significatives comme le titre ou les notes. Ainsi, on peut affiner intuitivement une première requête en étant certain de ne pas rater de résultats répondant à la question posée. Mais en attendant notre réinformatisation, prévue à moyen terme, j'ai le temps de continuer à m'énerver en contrôlant les résultats de mes requêtes catalogue...

dimanche 1 novembre 2009

Projet de ville numérique : Elle est où la bibliothèque ?


En plus de faire le bilan de son action au bout d'un an, en mettant en avant l'image de la BU, la ville de Reims s'est lancée à l'échelle de l'agglomération dans un exercice de prospective destiné à élaborer un projet pour Reims 2020. Trois équipes d'urbanistes planchent sur ce projet, qui comprend une phase de concertation publique avec notamment l'organisation de rencontres-débats.
Quatre de ces rencontres-débats se sont tenues en juin-juillet à la médiathèque centrale de Reims et il est bien dommage que la prochaine, prévue le 13 novembre, ait lieu ailleurs.
En effet, le thème de ce prochain rendez-vous est La ville numérique : comment favoriser un accès démocratisé de chaque citoyen en apportant de nouveaux services ?.
Sur l'invitation, ce titre est complété par l'argumentaire suivant :
"Internet, wifi, haut débit : aujourd'hui ne pas accéder aux TIC est un véritable handicap social. Comment la métropole de demain peut-elle assurer à chaque citoyen un accès à ces outils du quotidien ? Comment faire avancer la démocratisation de l'accès à ce nouveau type de service urbain ? Comment lutter contre la "fracture numérique" ?".
Certes, en réponse à ces interrogations il faut aborder la question des infrastructures et de nombreux aspects sociaux et économiques. Mais pour ma part, quand je lis ça, il ne me vient qu'une chose à l'esprit : le réseau de bibliothèques est là pour ça, à condition qu'il puisse s'adapter à temps à ces défis.
Je vois là, tracé en creux, le projet d'une bibliothèque des années 2010, la bibliothèque citoyenne point d'accès à la société de l'information, celle que j'évoquais en anticipation des municipales de 2020.
Ce qui m'inquiète un peu, c'est que la liste des intervenants pressentis n'indique aucunement que les organisateurs ont eux aussi pensé aux bibliothèques en le préparant...
De toute façon, au-delà de l'exemple spécifique de Reims, les premiers à convaincre sont peut-être les bibliothécaires eux-mêmes.
Oui, une bibliothèque c'est un lieu, des livres, des revues, de l'audiovisuel avec plein de services autour. Mais je vois mal aujourd'hui comment un projet de création de bibliothèque pourrait ne pas mettre en avant une offre numérique avec plein d'ordinateurs pour le public et du personnel pour l'accompagner et le former. Il est bien temps de rattraper l'erreur du tournant des années 2000, qui a vu les bibliothèques confier majoritairement ces missions à des agents non titulaires (en emploi-jeune le plus souvent) affectés à des "espaces" pas toujours intégrés au fonctionnement "normal" de la bibliothèque.
Ces missions sont désormais au coeur du rôle des bibliothécaires. A eux de de s'organiser et de se former en conséquence, si nécessaire, pour les assurer. Sinon, gageons que d'autre services publics sauront les supplanter.

samedi 17 octobre 2009

Prise de conscience solennelle



MOIS NATIONAL DE LA PRISE EN COMPTE DE LA MAITRISE DE L'INFORMATION, 2009

PAR LE PRESIDENT DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE

UNE PROCLAMATION

Chaque jour, nous sommes inondés de quantités énormes d'information. Un cycle continu d'actualités et des milliers de chaînes de télévision et de stations de radio dans le monde entier qui bousculent notre perception établie de longue date de la gestion de l'information. Plutôt que de simplement posséder l'information, nous devons également développer les compétences nécessaires pour acquérir, classer et évaluer l'information dans n'importe quelle situation. Ce nouveau type d'alphabétisation demande également des compétences en technologies de la communication, y compris les ordinateurs et les appareils mobiles qui peuvent faciliter nos prises de décision au quotidien. Le mois national de la prise en compte de la maîtrise de l'information souligne le besoin pour tous les américains de posséder les compétences nécessaires pour se diriger efficacement à l'Ere de l'Information.
Même si nous savons comment trouver l'information dont nous avons besoin, nous devons aussi savoir comment l'évaluer. Ces dix dernières années, nous avons vu émerger une crise de l'authenticité. Nous vivons maintenant dans un monde où tout un chacun peut publier une opinion ou un point de vue, vrai ou non, et voir l'écho de cette opinion amplifié par le marché de l'information. Simultanément, les Américains ont un accès sans précédent aux sources d'information diverses et indépendantes, ainsi qu'aux institutions telles que les bibliothèques et les universités, qui aident à distinguer la vérité de la fiction et le signal du bruit.
Les éducateurs de Notre Nation et les établissements d'enseignement doivent être conscients de - et s'ajuster à - ces nouvelles réalités. En plus des compétences de base, lecture, écriture, arithmétique, il est tout aussi important que les élèves soient dotés des outils nécessaires pour profiter de l'information à leur disposition. La capacité de chercher, trouver et décoder l'information peut être utile pour un nombre incalculable de décisions dans la vie, qu'elles relèvent des finances, de la santé, de l'éducation ou de la technique.
Ce mois-ci, nous nous consacrons à augmenter la prise de conscience de la maîtrise de l'information afin que tous les citoyens comprennent son importance vitale. Une citoyenneté informée et éduquée est essentielle au fonctionnement de notre société démocratique moderne, et j'encourage les établissements pédagogiques et sociaux dans tout le pays à aider les Américains à trouver et évaluer l'information qu'ils recherchent, sous toutes ses formes.
AINSI DONC, MOI, BARACK OBAMA, Président des Etats-Unis d'Amérique, en vertu de l'autorité qui m'est conférée par la Constitution et les lois des Etats-Unis, je proclame Octobre 2009 le Mois National de la Prise en Compte de la Maîtrise de l'Information. J'appelle le peuple des Etats-Unis à reconnaître le rôle important que l'information joue dans notre vie quotidienne et à apprécier la nécessité d'une meilleure compréhension de son impact.
EN TEMOIGNAGE DE QUOI, j'ai apposé ici ma main en ce premier jour d'octobre, dans l'année deux mille neuf de Notre Seigneur, et deux cent trente-quatre de l'Indépendance des Etats-Unis.

BARACK OBAMA

(Le texte original se trouve sur le site de la Maison Blanche. Traduction à la volée, sans fignolage, par votre serviteur)

Bon, hormis la référence religieuse, typique des américains, et qui me fait chaque fois me réjouir de travailler pour un état laïc, j'approuve et soutiens ce texte des deux mains. L'American Library Association aussi, évidemment, qui a publié dès le lendemain de cette déclaration un communiqué, en profitant de l'occasion pour demander que les bibliothèques bénéficient d'un plan de développement du haut-débit en préparation.
En fait, il s'agit du texte officiel le plus enthousiasmant sur les bibliothèques que j'ai lu depuis la décision du conseil constitutionnel protégeant la liberté d'accès aux services de communication au public en ligne au titre de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
A côté de ça, la situation actuelle en France pour ce qui concerne la politique publique d'accès à l'information est à pleurer. Le ministère de la culture en est à chercher un remplaçant à Lire en Fête pour 2010. Pour une fois, il serait bien avisé de s'inspirer de cet exemple américain, qui donne des pistes très similaires - ce n'est pas un hasard - à ce que lui suggérait récemment le Bibliobsédé.
Pour le reste, faut pas rêver. Je ne parle même pas d'une éventuelle loi sur les bibliothèques, plus du tout à l'ordre du jour et dont je ne suis pas sûr qu'elle serait vraiment utile, mais si on s'en tient à l'accès et à la maîtrise de l'information, le seul message que font entendre les pouvoirs publics est répressif.
Quant à la structure administrative en place pour appliquer cette non-politique, elle est évidemment à l'avenant, que ce soit du côté éducation nationale ou du côté culture. Il n'y quasiment plus de Direction, donc, au sens propre et au figuré, pas de grande Mission non plus, ne restent que des missions et sous-missions (qu'on peut entendre, au singulier comme démission et soumission...).
Nos services publics sont souvent montrés en exemple par rapport à ceux des libéraux Etats-Unis, mais pour ce qui est de ceux chargés de l'accès à l'information, on va peut-être finir par devenir américanophile...

samedi 10 octobre 2009

Et à quelle température fondent les écrans LCD ?


Je ne sais plus précisément quelles ont été les étapes du cheminement. Je me souviens juste qu'il y a eu l'affaire Amazon/Orwell, puis le livre publié aux Editions Allia reproduisant les minutes des Interrogatoires de Dashiell Hammett en pleine folie McCarthyste, interrogatoires qui ont abouti notamment au retrait provisoire de ses livres du réseau de bibliothèques à l'extérieur des Etats-Unis financé par le Département d'Etat américain.
Toujours est-il qu'à un moment, au détour d'une référence ou par une association d'idées, je me suis dit qu'il faudrait que je lise Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Jusqu'à présent, je n'en avais jamais vraiment eu l'envie. Je savais que c'était un livre de science-fiction dans lequel les pompiers incendiaient des livres au lieu d'éteindre des feux et ça me suffisait. Mais évidemment, pour vraiment connaître un roman, il faut d'abord le lire et je viens seulement de le faire.
Même après des décennies, la force d'une oeuvre d'anticipation réussie c'est qu'elle trouve des échos dans le présent des lecteurs, quelle que soit l'époque où ceux-ci la découvrent. Au début des années 1980, j'aurais associé les coquillages radio qui diffusent en continu à fort volume des sons qui empêchent de trop penser aux casques de Walkman. Aujourd'hui, il suffit d'observer ses congénères dans les transports en commun pour constater que l'analogie est encore plus forte avec les oreillettes des écouteurs des lecteurs multimédias, dont la forme se rapproche de celle des coquillages.
A l'époque des télévision à écran plat géant, des systèmes de son Home Cinema et des émissions qui prétendent présenter au téléspectateur une pseudo-réalité filmée en vase clos, les murs-écrans du roman et leurs familles virtuelles sont presque terminés d'être installés.
Mais l'un des passages qui m'a le plus donné le vertige, c'est quand le chef des pompiers Beatty retrace le processus qui a amené à la désaffection du livre puis à son interdiction, en le liant au développement des médias de masse dans un double mouvement de condensation et d'accélération. Pour aboutir à quoi ? à des "Condensés de condensés de condensés. La politique ? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! La tête finit par vous tourner à un tel rythme sous le matraquage des éditeurs, diffuseurs, présentateurs, que la force centrifuge fait s'envoler toute pensée, inutile et mangeuse de temps !".
A l'heure où les oeuvres au format SMS (messages limités à 160 caractères) laissent la vedette à celles diffusées sur Twitter (140 caractères), ça parle...
Finalement, je ne regrette pas d'avoir lu Fahrenheit 451 seulement maintenant et pas en 1984 comme j'aurais pu le faire. D'autant plus que des coïncidences troublantes en ont renforcé l'impact, comme lire le passage où est cité le poème Dover beach dans un hôtel situé le long de la plage de Douvres, ou lire le Coda au roman écrit par Bradbury en 1979 (titré par ailleurs There's more than one way to burn a book, traduit en français sous le titre Il y a plus d'une façon de brûler un livre), dans lequel il dénonce l'insidieuse censure du politiquement correct, le jour même ou la presse se fait l'écho des difficultés d'un duo de comiques avec la BBC à propos de l'utilisation du mot "gitan" dans un sketch.
Et puis, la principale différence c'est que je suis aujourd'hui bibliothécaire, et plus seulement usager des bibliothèques. Or, si les autodafés nazis et la chasse aux sorcières communistes des McCartystes ont bien sûr marqué et influencé l'écriture du roman, Ray Bradbury a eu l'occasion à de nombreuses reprises d'expliquer que son objectif principal en écrivant Fahrenheit 451 était de s'attaquer à la télévision et de défendre les livres et les bibliothèques.
Encore mieux, Ray Bradbury a souvent raconté que c'est un service fourni par une bibliothèque qui lui a permis d'écrire son roman ! Un service que je n'ai jamais vu fonctionner en France (Est-ce que ça aurait existé dans nos BU dans les années 1960 ou 1970, mesdames et messieurs nos aînés ?), la location de machines à écrire à 10 cents la demie-heure !
Sur cette anecdote, on peut lire Fahrenheit 451 revisited, l'article de mai 2002 du magazine de l'UCLA, là même où Bradbury a écrit son roman, qui fut pré-publié en trois parties dans les tous premiers numéros du magazine Playboy, comme ce fut le cas au fil du temps pour de nombreuses autres oeuvres policières ou de science-fiction.
Cette histoire donne d'ailleurs des idées aux bibliothécaires : la bibliothèque Hokin du Columbia College a organisé au printemps dernier des Olympiades de la machine à écrire, incitant les étudiants à écrire comme Ray.
Mais nous sommes bien d'accord, un ordinateur c'est quand même plus pratique qu'une machine à écrire et pour ma part, si je m'efforce d'être conscient des risques liés au développement des nouvelles technologies, ça ne m'empêche pas d'apprécier à chaque instant le fantastique accès à l'information que me procure Internet et les possibilités de diffusion offertes par l'informatique, ce blog en étant une illustration.