dimanche 1 novembre 2009

Projet de ville numérique : Elle est où la bibliothèque ?


En plus de faire le bilan de son action au bout d'un an, en mettant en avant l'image de la BU, la ville de Reims s'est lancée à l'échelle de l'agglomération dans un exercice de prospective destiné à élaborer un projet pour Reims 2020. Trois équipes d'urbanistes planchent sur ce projet, qui comprend une phase de concertation publique avec notamment l'organisation de rencontres-débats.
Quatre de ces rencontres-débats se sont tenues en juin-juillet à la médiathèque centrale de Reims et il est bien dommage que la prochaine, prévue le 13 novembre, ait lieu ailleurs.
En effet, le thème de ce prochain rendez-vous est La ville numérique : comment favoriser un accès démocratisé de chaque citoyen en apportant de nouveaux services ?.
Sur l'invitation, ce titre est complété par l'argumentaire suivant :
"Internet, wifi, haut débit : aujourd'hui ne pas accéder aux TIC est un véritable handicap social. Comment la métropole de demain peut-elle assurer à chaque citoyen un accès à ces outils du quotidien ? Comment faire avancer la démocratisation de l'accès à ce nouveau type de service urbain ? Comment lutter contre la "fracture numérique" ?".
Certes, en réponse à ces interrogations il faut aborder la question des infrastructures et de nombreux aspects sociaux et économiques. Mais pour ma part, quand je lis ça, il ne me vient qu'une chose à l'esprit : le réseau de bibliothèques est là pour ça, à condition qu'il puisse s'adapter à temps à ces défis.
Je vois là, tracé en creux, le projet d'une bibliothèque des années 2010, la bibliothèque citoyenne point d'accès à la société de l'information, celle que j'évoquais en anticipation des municipales de 2020.
Ce qui m'inquiète un peu, c'est que la liste des intervenants pressentis n'indique aucunement que les organisateurs ont eux aussi pensé aux bibliothèques en le préparant...
De toute façon, au-delà de l'exemple spécifique de Reims, les premiers à convaincre sont peut-être les bibliothécaires eux-mêmes.
Oui, une bibliothèque c'est un lieu, des livres, des revues, de l'audiovisuel avec plein de services autour. Mais je vois mal aujourd'hui comment un projet de création de bibliothèque pourrait ne pas mettre en avant une offre numérique avec plein d'ordinateurs pour le public et du personnel pour l'accompagner et le former. Il est bien temps de rattraper l'erreur du tournant des années 2000, qui a vu les bibliothèques confier majoritairement ces missions à des agents non titulaires (en emploi-jeune le plus souvent) affectés à des "espaces" pas toujours intégrés au fonctionnement "normal" de la bibliothèque.
Ces missions sont désormais au coeur du rôle des bibliothécaires. A eux de de s'organiser et de se former en conséquence, si nécessaire, pour les assurer. Sinon, gageons que d'autre services publics sauront les supplanter.

samedi 17 octobre 2009

Prise de conscience solennelle



MOIS NATIONAL DE LA PRISE EN COMPTE DE LA MAITRISE DE L'INFORMATION, 2009

PAR LE PRESIDENT DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE

UNE PROCLAMATION

Chaque jour, nous sommes inondés de quantités énormes d'information. Un cycle continu d'actualités et des milliers de chaînes de télévision et de stations de radio dans le monde entier qui bousculent notre perception établie de longue date de la gestion de l'information. Plutôt que de simplement posséder l'information, nous devons également développer les compétences nécessaires pour acquérir, classer et évaluer l'information dans n'importe quelle situation. Ce nouveau type d'alphabétisation demande également des compétences en technologies de la communication, y compris les ordinateurs et les appareils mobiles qui peuvent faciliter nos prises de décision au quotidien. Le mois national de la prise en compte de la maîtrise de l'information souligne le besoin pour tous les américains de posséder les compétences nécessaires pour se diriger efficacement à l'Ere de l'Information.
Même si nous savons comment trouver l'information dont nous avons besoin, nous devons aussi savoir comment l'évaluer. Ces dix dernières années, nous avons vu émerger une crise de l'authenticité. Nous vivons maintenant dans un monde où tout un chacun peut publier une opinion ou un point de vue, vrai ou non, et voir l'écho de cette opinion amplifié par le marché de l'information. Simultanément, les Américains ont un accès sans précédent aux sources d'information diverses et indépendantes, ainsi qu'aux institutions telles que les bibliothèques et les universités, qui aident à distinguer la vérité de la fiction et le signal du bruit.
Les éducateurs de Notre Nation et les établissements d'enseignement doivent être conscients de - et s'ajuster à - ces nouvelles réalités. En plus des compétences de base, lecture, écriture, arithmétique, il est tout aussi important que les élèves soient dotés des outils nécessaires pour profiter de l'information à leur disposition. La capacité de chercher, trouver et décoder l'information peut être utile pour un nombre incalculable de décisions dans la vie, qu'elles relèvent des finances, de la santé, de l'éducation ou de la technique.
Ce mois-ci, nous nous consacrons à augmenter la prise de conscience de la maîtrise de l'information afin que tous les citoyens comprennent son importance vitale. Une citoyenneté informée et éduquée est essentielle au fonctionnement de notre société démocratique moderne, et j'encourage les établissements pédagogiques et sociaux dans tout le pays à aider les Américains à trouver et évaluer l'information qu'ils recherchent, sous toutes ses formes.
AINSI DONC, MOI, BARACK OBAMA, Président des Etats-Unis d'Amérique, en vertu de l'autorité qui m'est conférée par la Constitution et les lois des Etats-Unis, je proclame Octobre 2009 le Mois National de la Prise en Compte de la Maîtrise de l'Information. J'appelle le peuple des Etats-Unis à reconnaître le rôle important que l'information joue dans notre vie quotidienne et à apprécier la nécessité d'une meilleure compréhension de son impact.
EN TEMOIGNAGE DE QUOI, j'ai apposé ici ma main en ce premier jour d'octobre, dans l'année deux mille neuf de Notre Seigneur, et deux cent trente-quatre de l'Indépendance des Etats-Unis.

BARACK OBAMA

(Le texte original se trouve sur le site de la Maison Blanche. Traduction à la volée, sans fignolage, par votre serviteur)

Bon, hormis la référence religieuse, typique des américains, et qui me fait chaque fois me réjouir de travailler pour un état laïc, j'approuve et soutiens ce texte des deux mains. L'American Library Association aussi, évidemment, qui a publié dès le lendemain de cette déclaration un communiqué, en profitant de l'occasion pour demander que les bibliothèques bénéficient d'un plan de développement du haut-débit en préparation.
En fait, il s'agit du texte officiel le plus enthousiasmant sur les bibliothèques que j'ai lu depuis la décision du conseil constitutionnel protégeant la liberté d'accès aux services de communication au public en ligne au titre de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
A côté de ça, la situation actuelle en France pour ce qui concerne la politique publique d'accès à l'information est à pleurer. Le ministère de la culture en est à chercher un remplaçant à Lire en Fête pour 2010. Pour une fois, il serait bien avisé de s'inspirer de cet exemple américain, qui donne des pistes très similaires - ce n'est pas un hasard - à ce que lui suggérait récemment le Bibliobsédé.
Pour le reste, faut pas rêver. Je ne parle même pas d'une éventuelle loi sur les bibliothèques, plus du tout à l'ordre du jour et dont je ne suis pas sûr qu'elle serait vraiment utile, mais si on s'en tient à l'accès et à la maîtrise de l'information, le seul message que font entendre les pouvoirs publics est répressif.
Quant à la structure administrative en place pour appliquer cette non-politique, elle est évidemment à l'avenant, que ce soit du côté éducation nationale ou du côté culture. Il n'y quasiment plus de Direction, donc, au sens propre et au figuré, pas de grande Mission non plus, ne restent que des missions et sous-missions (qu'on peut entendre, au singulier comme démission et soumission...).
Nos services publics sont souvent montrés en exemple par rapport à ceux des libéraux Etats-Unis, mais pour ce qui est de ceux chargés de l'accès à l'information, on va peut-être finir par devenir américanophile...

samedi 10 octobre 2009

Et à quelle température fondent les écrans LCD ?


Je ne sais plus précisément quelles ont été les étapes du cheminement. Je me souviens juste qu'il y a eu l'affaire Amazon/Orwell, puis le livre publié aux Editions Allia reproduisant les minutes des Interrogatoires de Dashiell Hammett en pleine folie McCarthyste, interrogatoires qui ont abouti notamment au retrait provisoire de ses livres du réseau de bibliothèques à l'extérieur des Etats-Unis financé par le Département d'Etat américain.
Toujours est-il qu'à un moment, au détour d'une référence ou par une association d'idées, je me suis dit qu'il faudrait que je lise Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Jusqu'à présent, je n'en avais jamais vraiment eu l'envie. Je savais que c'était un livre de science-fiction dans lequel les pompiers incendiaient des livres au lieu d'éteindre des feux et ça me suffisait. Mais évidemment, pour vraiment connaître un roman, il faut d'abord le lire et je viens seulement de le faire.
Même après des décennies, la force d'une oeuvre d'anticipation réussie c'est qu'elle trouve des échos dans le présent des lecteurs, quelle que soit l'époque où ceux-ci la découvrent. Au début des années 1980, j'aurais associé les coquillages radio qui diffusent en continu à fort volume des sons qui empêchent de trop penser aux casques de Walkman. Aujourd'hui, il suffit d'observer ses congénères dans les transports en commun pour constater que l'analogie est encore plus forte avec les oreillettes des écouteurs des lecteurs multimédias, dont la forme se rapproche de celle des coquillages.
A l'époque des télévision à écran plat géant, des systèmes de son Home Cinema et des émissions qui prétendent présenter au téléspectateur une pseudo-réalité filmée en vase clos, les murs-écrans du roman et leurs familles virtuelles sont presque terminés d'être installés.
Mais l'un des passages qui m'a le plus donné le vertige, c'est quand le chef des pompiers Beatty retrace le processus qui a amené à la désaffection du livre puis à son interdiction, en le liant au développement des médias de masse dans un double mouvement de condensation et d'accélération. Pour aboutir à quoi ? à des "Condensés de condensés de condensés. La politique ? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! La tête finit par vous tourner à un tel rythme sous le matraquage des éditeurs, diffuseurs, présentateurs, que la force centrifuge fait s'envoler toute pensée, inutile et mangeuse de temps !".
A l'heure où les oeuvres au format SMS (messages limités à 160 caractères) laissent la vedette à celles diffusées sur Twitter (140 caractères), ça parle...
Finalement, je ne regrette pas d'avoir lu Fahrenheit 451 seulement maintenant et pas en 1984 comme j'aurais pu le faire. D'autant plus que des coïncidences troublantes en ont renforcé l'impact, comme lire le passage où est cité le poème Dover beach dans un hôtel situé le long de la plage de Douvres, ou lire le Coda au roman écrit par Bradbury en 1979 (titré par ailleurs There's more than one way to burn a book, traduit en français sous le titre Il y a plus d'une façon de brûler un livre), dans lequel il dénonce l'insidieuse censure du politiquement correct, le jour même ou la presse se fait l'écho des difficultés d'un duo de comiques avec la BBC à propos de l'utilisation du mot "gitan" dans un sketch.
Et puis, la principale différence c'est que je suis aujourd'hui bibliothécaire, et plus seulement usager des bibliothèques. Or, si les autodafés nazis et la chasse aux sorcières communistes des McCartystes ont bien sûr marqué et influencé l'écriture du roman, Ray Bradbury a eu l'occasion à de nombreuses reprises d'expliquer que son objectif principal en écrivant Fahrenheit 451 était de s'attaquer à la télévision et de défendre les livres et les bibliothèques.
Encore mieux, Ray Bradbury a souvent raconté que c'est un service fourni par une bibliothèque qui lui a permis d'écrire son roman ! Un service que je n'ai jamais vu fonctionner en France (Est-ce que ça aurait existé dans nos BU dans les années 1960 ou 1970, mesdames et messieurs nos aînés ?), la location de machines à écrire à 10 cents la demie-heure !
Sur cette anecdote, on peut lire Fahrenheit 451 revisited, l'article de mai 2002 du magazine de l'UCLA, là même où Bradbury a écrit son roman, qui fut pré-publié en trois parties dans les tous premiers numéros du magazine Playboy, comme ce fut le cas au fil du temps pour de nombreuses autres oeuvres policières ou de science-fiction.
Cette histoire donne d'ailleurs des idées aux bibliothécaires : la bibliothèque Hokin du Columbia College a organisé au printemps dernier des Olympiades de la machine à écrire, incitant les étudiants à écrire comme Ray.
Mais nous sommes bien d'accord, un ordinateur c'est quand même plus pratique qu'une machine à écrire et pour ma part, si je m'efforce d'être conscient des risques liés au développement des nouvelles technologies, ça ne m'empêche pas d'apprécier à chaque instant le fantastique accès à l'information que me procure Internet et les possibilités de diffusion offertes par l'informatique, ce blog en étant une illustration.

lundi 21 septembre 2009

Après le congrès de l'ADBU

L'ADBU à la bibliothèque Robert de Sorbon de Reims. Photo : Jean-Charles Houpier.
Le 39e congrès de l'ADBU s'est tenu à Reims en fin de semaine dernière.
Nous avons été contents d'avoir l'occasion de présenter notre bibliothèque à ceux des collègues qui ne la connaissaient pas encore. Une visite sympathique et riche d'échanges, même si je regrette pour ma part de n'avoir pas, comme je l'ai déjà fait par le passé, écorné le temps de visite des locaux pour prendre le temps de présenter certains outils et services invisibles lors de la visite car utilisant l'informatique.
Je n'ai assisté qu'à une partie des travaux du congrès, centrés sur l'économie de l'information scientifique et technique. Parmi celles auxquelles j'ai assisté, je retiens particulièrement deux interventions.
Celle de John Wilbanks d'abord, vice-président de Science Commons, impressionnant d'enthousiasme militant et de professionnalisme, qui a fait l'aller-retour de Boston pour présenter les différents projets de Science Commons qui visent à faciliter l'accès à l'information scientifique avec actuellement trois grands axes de travail : faciliter la ré-utilisation des résultats de la recherche scientifique en les "ouvrant" et en les qualifiant efficacement, développer des outils de recherche "en un clic" et permettre l'intégration de sources d'informations scientifiques fragmentées.

John Wilbanks a expliqué avoir accepté cette invitation à s'exprimer parce qu'il est convaincu de l'importance du rôle des bibliothécaires pour mener à bien de tels projets et il espérait faire avancer la réflexion sur ces questions en France et en Europe. La graine qu'il a plantée germera peut-être, mais sur le coup son intervention (en anglais) semble avoir laissé la majorité de l'auditoire sans réaction.

Le lendemain, c'est Lionel Collet, président de l'Université Lyon 1, qui s'exprimait en tant que président de la Conférence des Présidents d'Université. Sur le sujet des négociations avec les éditeurs pour l'acquisition des ressources électroniques, il a exprimé très fortement la volonté de la CPU de s'impliquer fortement, annonçant que Jean-Pierre Finance, président de Nancy 1 et son prédécesseur à la tête de la CPU, va, en plus des responsabilités qu'il vient de prendre au sein de l'ABES, s'impliquer fortement au sein du consortium Couperin et même, l'échelon national n'étant peut-être plus suffisamment pertinent pour ces négociations, porter le débat à l'échelle européenne au sein de l'EUA, l'association des universités européennes dont il est actuellement le seul membre français.

La dernière info du week-end n'est pas directement liée au congrès de l'ADBU, mais elle m'a été transmise par Jean-Charles Houpier, qui était présent à Reims (et qui a pris la photo ci-dessus). Et c'est stimulant : le jour où l'ADBU entamait son congrès, l'Université de Liège faisait sa rentrée académique. A cette occasion, le Recteur de l'Université Bernard Rentier prononçait son discours de rentrée et profitait de l'occasion pour honorer neuf personnalités faites docteurs honoris causa de l'université, sept passeurs de musique, parmi lesquels Robert Wyatt, Dick Annegarn, Archie Shepp, Arvo Pärt, et deux créateurs du world wide web, Tim Berners-Lee et Robert Cailliau. L'association des deux me plait, et le concert qui a clos la soirée a effectivement dû être exceptionnel. Ça fait envie et, si ça parait très éloigné des préoccupations des BU et de l'IST, quelque part je suis persuadé que ça ne l'est pas du tout !

lundi 14 septembre 2009

Prêt électronique de livres : l'expérience déprimante


Depuis mars 2006, notre SCD propose un prêt électronique de livres , expérimenté à l'origine dans le cadre d’un projet national piloté par la Direction de la Technologie (sous-direction TICE) du Ministère de l’Education nationale. Nous mettons à disposition des lecteurs un catalogue de près d'un millier de titres via la "librairie numérique" Numilog. Les lecteurs peuvent emprunter 2 ouvrages pour une durée de 7 jours.
A mon arrivée l'an dernier, je me suis réjoui d'apprendre que nous étions en mesure de diversifier notre offre avec une telle collection, incluse dans notre palette de services à distance.
J'ai assez vite déchanté, et avec un an de recul je dresse un bilan plutôt négatif.
Tout d'abord, j'ai été effaré quand je me suis rendu compte que le système mis en place était entièrement calqué sur le prêt de documents physiques : la bibliothèque est dotée de rayonnages virtuels en ligne contenant des exemplaires de livres électroniques qu'elle a acquis. Si un de ces livres est emprunté, il n'est plus disponible pour les autres lecteurs, exactement comme c'est le cas pour des documents physiques !
Je suis le premier à taper sur les éditeurs de revues électroniques, dont la politique tarifaire s'assimile souvent à la pratique des bandits de grand chemin, le couteau sous la gorge, " la bourse ou la vie" et tutti quanti, mais au moins le système mis en place est généralement fonctionnel et efficace : je peux sans trop me tromper affirmer à un groupe d'étudiants en Droit que, lorsqu'ils sortent d'amphi avec une recherche de jurisprudence à faire, ils n'en sont plus à se battre pour consulter le seul exemplaire papier d'une revue qui contient un commentaire d'une décision, mais ils peuvent tranquillement, de la BU ou de chez eux la plupart du temps, consulter l'article concerné en version électronique, tous ensemble ou presque.
Là non, le seul "plus produit" de Numilog par rapport à un livre imprimé c'est que l'emprunt se faire à distance. Sauf que l'ergonomie n'est pas au rendez-vous. Lorsque le service a été lancé, on pouvait consulter les livres empruntés avec le logiciel Acrobat Reader, ce qui ne posait pas de problème particulier puisque ce logiciel est déjà présent sur une très large majorité des ordinateurs. Depuis environ un an, afin je suppose de mieux gérer les "DRM" qui permettent de contrôler la durée du prêt et d'éviter le piratage des fichiers, Numilog demande à ses utilisateurs d'installer sur le poste un autre logiciel d'Adobe, Digital Editions.
J'ai eu une fois ou deux l'occasion, au téléphone, d'aider un lecteur à installer Digital Editions. Le moins que je puisse dire c'est que ça n'a pas été simple, et que j'ai poussé un grand ouf quand au bout d'une demie-heure la personne avait réussi à emprunter son document !
Mais l'autre problème que pose Adobe Digital Editions, c'est qu'il n'est pas installé sur nos postes publics, que les lecteurs n'ont pas les droits pour l'installer, et que de toute façon s'ils pouvaient le faire, ils ne pourraient consulter le document emprunté que sur la machine sur laquelle ils ont fait leur emprunt, par définition utilisée par de nombreuses personnes tout au long de la semaine. Bien sûr, ce service vise avant tout le prêt à distance, mais il y a quand même quelques références que nous avons uniquement en électronique et c'est quand même un comble de ne pas pouvoir proposer leur consultation sur place.
Si nous avons persévéré dans l'expérience Numilog encore cette année, c'est parce que, pour les livres entrés au catalogue plus récemment, deux modes de consultation sont possibles : l'emprunt avec Digital Editions, avec toutes les difficultés que je viens d'évoquer, ou la consultation en ligne, qui permet de consulter le livre dans son intégralité, sans formalité(uniquement en s'identifiant si on est à l'extérieur du campus) et sans quitter son navigateur.
Autant que je sache, il n'y a pas de limitation du nombre de consultations simultanées d'un livre, c'est donc un mode de lecture bien plus satisfaisant que l'emprunt proposé. Sauf que je me suis rendu compte avec horreur récemment que, l'analogie avec le document papier étant poussée jusqu'au bout, un livre électronique n'est consultable dans les rayons de notre bibliothèque virtuelle que si et seulement si il n'a pas été emprunté !
On en viendrait presque à déconseiller aux lecteurs d'emprunter ces livres pour qu'ils profitent au plus grand nombre et, en l'état actuel des choses, si j'avais à donner mon avis, j'opterais pour un retour en arrière plutôt que de persister à proposer un service non satisfaisant, en attendant qu'une formule d'abonnement calquée sur ce qui se fait pour les revues soit disponible.
Quand à mon lecteur qui n'avait pas d'ordinateur personnel et qui souhaitait consulter le livre Une approche de la problématique de l'identité : le Maghreb arabe contemporain de Mohamed Salah Hermassi (2004), la meilleure solution que j'ai eu à lui proposer, paradoxe des paradoxes, c'est de consulter les larges extrait du livre disponibles sur Google Books !!!

mercredi 26 août 2009

Accueillir les publics : comprendre et agir


L'accueil du public en bibliothèque, ça m'intéresse, bien sûr.
Des livres sur l'accueil du public en bibliothèque, il n'y en a pas tant que ça, et la dernière édition en date d'Accueillir, orienter, informer de Bertrand Calenge date déjà de presque dix ans...
En plus, un livre dont l'accroche publicitaire est "Sans lecteurs, point de bibliothèques", expression tirée de l'introduction, ça ne peut qu'interpeller l'auteur d'un blog dont le sous-titre est "Une bibliothèque sans public n'a pas de raison d'être...".
Tout ce préambule pour expliquer que, bien que je ne l'ai pas encore lu ni même eu en main, je ne peux que conseiller vivement à tous les collègues bibliothécaires, nécessairement concernés par la question, la lecture d'Accueillir, les publics : Comprendre et agir, le livre de Marielle de Miribel paru récemment dans la collection Bibliothèques du Cercle de la Librairie, dont j'ai quand même pris la peine de consulter la table des matières, l'introduction et quelques extraits disponibles sur le site de l'éditeur.

samedi 15 août 2009

La sereine trouvitude

Rodriguez. Photo : Peter Ellenby
J'espère que je ne rêve pas trop souvent du boulot, mais ça doit m'arriver. Il y a quelques semaines, je me suis réveillé avec en tête cette évidence : si avec la sérendipité on peut être amené à trouver ce qu'on ne cherche pas (et je suis persuadé que la sérendipité peut être facilitée ou amplifiée par le flair et la curiosité), il y a quand même bien des cas où, si on ne sait pas ce qu'on cherche, on ne risque pas de le trouver !
Prenons un exemple.

  • Il y a quelques temps, je recherchais des informations sur le groupe de musique Rodriguez. Assez vite, j'ai trouvé une page Wikipedia sur eux, et aussi une chronique assez détaillée et informative de leur unique album. Mieux que rien, mais je me souvenais avoir lu des informations détaillées sur le groupe sur le site de leur maison de disques, au moment de la sortie du disque en 2000, une époque antédiluvienne où l'on se connectait en bas débit.
  • Ca tombe bien, ce label, Devil In The Woods Records, est toujours en activité. Las, comme beaucoup, ce label indépendant a eu un parcours tumutueux et son site actuel ne fait aucune mention de ses productions passées.
  • Qu'à cela ne tienne, le web dispose d'une machine à remonter le temps, la Wayback Machine d'Archive.org. Un outil très précieux, mais avec un moteur de recherche très particulier puisque le seul critère de recherche possible, c'est l'URL d'un site. Aucune recherche en texte n'est possible sur les sites archivés (et ça se comprend, ça reviendrait à archiver en nombre des base de données de la taille de celle d'un moteur de recherche comme Google).
  • Mais caramba ! Aucun résultat pour www.devilinthewoodsrecords.com !
  • Oui mais, finalement c'est logique, puisqu'en 2000, la pochette du disque l'atteste, l'adresse du site de Devil In The Woods était www.devilinthewoods.com.
  • Bingo ! En quelques instants, la Wayback Machine me propose une liste de pages archivées de 1998 à 2007. Je choisis de consulter celles du 15 mai 2000, et en quelques clics je retrouve les pages que j'avais lues à l'époque, avec la biographie du groupe et la présentation de son disque.
Effectivement, donc, si je n'avais pas su que ces pages avaient existé, je n'aurais pas été fouiné là où je les ai finalement dénichées. Plus crucialement encore, si je n'avais pas su comment chercher, j'aurais eu encore moins de chance de trouver. Connaissances de base, connaissance des ressources à disposition, mémoire, astuce, chance,... La sérendipité c'est toujours bon à prendre, mais pour une sereine trouvitude pas dépitée, les compétences documentaires, on ne fait pas mieux !

mercredi 22 juillet 2009

La science-fiction devenue réalité, le désherbage facilité


Quand je suis arrivé à l'école primaire, à la toute fin des années 1960, marcher sur la lune ne relevait déjà plus de la science-fiction ou de l'anticipation, mais il restait de quoi rêver : voler comme Superman, se parler en visiophonie, c'est le genre de choses dont les BD parlaient pour le futur, pour l'an 2000. Il ne nous venait pas à l'idée de nous étonner simplement du fait qu'on puisse voir du son et des images sur une télévision ou se parler d'un bout du monde à l'autre au téléphone, comme on ne s'étonne pas - ou déjà plus - aujourd'hui que la visiophonie soit facilement accessible avec une connexion internet et une webcam.
Quand j'ai lu 1984 de George Orwell (en 1984 : je me suis dit que c'était l'année ou jamais...), puis bien plus tard La ferme des animaux (plus ramassé et plus efficace à mon sens avec sa forme de fable dans sa dénonciation de la manipulation du discours et des masses), j'étais bien conscient que George Orwell évoquait une certaine anticipation en s'appuyant sur des expériences passées (Il avait choisi initialement comme titre 1948 plutôt que 1984) et je n'imaginais pas vivre vingt-cinq ans plus tard dans une société où l'information véhiculée par une multitude de technologies serait à la fois omniprésente et hyper-fragilisée. Une société où, au nom du droit d'auteur et de l'économie, on envisage de mettre en prison des personnes qui téléchargent des fichiers, comme en France; où il suffit de contrôler quelques points d'accès au réseau pour surveiller et contrôler l'accès à internet, comme en Chine; où il suffit de brouiller ou neutraliser quelques relais téléphoniques pour empêcher le fonctionnement des téléphones portables, comme en Iran dernièrement.
Un jour, c'est le principal point d'accès (privé) au réseau, Google, qui indique par erreur qu'aucun site ne fonctionne. Un autre, c'est le numéro un mondial de la librairie en ligne, Amazon, qui supprime des lecteurs Kindle qu'il a vendus à ses clients les exemplaires de 1984 et La ferme des animaux qu'il leur a également vendus, sans prévenir les-dits clients et au motif que la société venait de se rendre compte qu'elle avait vendu des exemplaires pirates à l'insu de son plein gré.
Franchement, si cette information était sortie au moment d'un 1er avril, je n'y aurais pas cru une seconde !
Franchement, le roman L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde dont je viens de terminer la lecture, qui met en scène un terroriste qui s'empare de manuscrits de romans et menace d'en faire disparaître les personnages principaux en intervenant dans le récit, me parait d'un seul coup moins délirant.
Du point de vue des bibliothécaires, à l'heure où nous développons des collections numériques, où nous pensons à proposer de nouveaux services associés comme le prêt de lecteurs de livres électroniques ou le prêt de lecteurs MP3 pour les podcasts de cours par exemple, cette aventure ne peut que nous interroger et inciter les responsables des acquisitions de documentation électronique à encore plus de prudence dans leurs - très difficiles - négociations avec les fournisseurs.
En effet, avec les documents matériels, on savait ce qu'on achetait. Un objet, grosso modo. Et la licence d'utilisation était relativement simple, autour des droits de consultation sur place, de prêt, de reproduction.
Pour la documentation électronique, c'est plus compliqué car souvent ce qu'on achète c'est un droit d'accès, lié à un abonnement. L'accès aux archives une fois l'abonnement terminé est d'ailleurs un passage obligé au menu des négociations des conditions d'abonnement aux ressources en ligne.
En tout cas, si la méthode Amazon sera peut-être bientôt enseignée comme une façon ultra-efficace de désherber les collections, cette aventure va m'inciter à la prudence. Que nous dira notre direction le jour où nous aurons fourni à tous les étudiants de Master inscrits aux concours du CAPES et de l'Agrégation un lecteur de livres électroniques avec toutes les oeuvres au programme et des critiques afférentes, si tout s'efface à la veille des révisions pour une traite impayée ? Ce jour-là, il faudra nous savoir nous transformer en homme invisible !

A lire, sur l'effacement des Kindle de 1984 et de La ferme des animaux :
AFP - New-York Times - Libération - Rue 89

mardi 7 juillet 2009

Favoriser la réussite des étudiants


Après six ans d'interruption, les Presses de l'ENSSIB ont relancé l'an dernier leur collection La boîte à outils et ce Favoriser la réussite des étudiants est le second volume paru depuis.
Abordant des sujets tels que la formation des usagers, et particulièrement le C2i, ou l'amélioration de l'accueil dans les bibliothèques, il était clair que ce volume était susceptible de m'intéresser particulièrement. Comme en plus il se trouve que sa publication en a été coordonnée par ma directrice, Carine El Bekri-Dinoird, je me suis bien sûr précipité dessus et je l'ai dévoré !
Les usagers des bibliothèques universitaires faisant de la recherche ont des besoins en matière de documentation et de services différents de ceux des étudiants. Sans privilégier l'un par rapport à l'autre et sans négliger les chercheurs, il est clair que les étudiants représentent la catégorie du public des BU la plus nombreuse et celle qui utilise la plus grande variété des services proposés. Je suis persuadé, sinon je ne ferais pas ce métier, que les BU ont un rôle essentiel à jouer pour apporter aux étudiants une information complémentaire à celle qui leur est fournie en cours et des conditons de travail adéquates pour les aider à se former. C'est d'autant plus vrai dans une université comme celle de Reims, avec une très forte proportion d'étudiants de 1er cycle et un fort taux d'échec ou d'abandon en Licence. L'implication forte du SCD dans le plan pour la réussite en Licence est tout à fait logique.
Ce volume, comme tous ceux de la collection Boîte à outils, se veut un outil pratique à destination des professionnels. Il propose diverses pistes de travail, principalement à partir de compte-rendus d'expérience, rassemblés ici en trois grands thèmes : les innovations pédagogiques, la politique documentaire et la vie étudiante.
M'étant déjà penché sur le sujet, j'ai été particulièrment intéressé par les deux textes d'Yves Goubatian et de Françoise Dailland sur le C2i. Cette certification ayant le mérite d'exister et comportant une partie sur la recherche documentaire, il me semble que les SCD développant des programmes de formation des usagers ont intérêt à tout faire pour y être associé, ce qui aura en plus l'avantage de faciliter les collaborations avec les enseignants et les informaticiens, souvent impliqués dans les C2i.
Parmi les autres articles, j'ai été très intéressé par celui de Lucile Pellerin de la Vergne sur les common readings du la Guardia Community college, pour développer la lecture étudiante et créer des communautés. J'imagine encore mal comment on pourrait mettre en place un projet de cette ampleur par chez nous, mais si on avait dû le faire à la prochaine rentrée ce livre écrit justement par un enseignant de l'Université de Reims aurait parfaitement fait l'affaire.
L'article d'Olivier Tacheau sur la culture en BU, en écho à un article de son blog d'il y a quelques mois, a d'abord eu le mérite de m'ouvrir les yeux sur le fait que les universités, et même plus particulièrement les SCD, ont de longue date une mission d'animation culturelle inscrite dans les textes.
Je suis resté un peu sur ma faim avec l'article sur l'amélioration de l'accueil dans les bibliothèques, confié à Georges Perrin. En effet, M. Perrin, inspecteur général des bibliothèques, est l'auteur l'an dernier d'un rapport traitement justement de ce sujet, sous-titré "Propositions pour une extension des horaires d'ouverture". On ne lui reprochera de rester fidèle à ses idées et de proposer ici en fait une synthèse de son rapport, simplement j'aurais aimé que la question de l'amélioration de l'accueil ne soit pas ici réduite à celle des horaires d'ouverture, et surtout, je pense que le développement de l'emploi étudiant, largement abordé ici et objet d'un autre rapport de Georges Perrin en 2007, n'est que l'un des outils à la disposition des bibliothèques pour étendre leurs horaires d'ouverture. A mon sens et au vu de mon expérience, une réorganisation du fonctionnement interne, également évoquée ici, et un large recours à l'emploi étudiant ne suffiront pas pour augmenter significativement ces horaires : des moyens spécifiques seront nécessaires, notamment en personnel qualifié.

mardi 16 juin 2009

La Ville de Paris s'essuie les pieds sur ses bibliothécaires


Je n'ai appris l'information que le week-end dernier, suite à un article publié dans Libération relayé par la liste Discothécaires, mais elle avait été mise sur la place publique par un communiqué du syndicat SUPAP-FSU et il y avait eu notamment auparavant un article du Monde sur le sujet : la mairie de Paris a décidé de censurer de fait Perdu d'avance, le premier album du rapper Orelsan, en interdisant sa mise en rayons dans ses bibliothèques de prêt.
Il est à noter que, si un titre en particulier d'Orelsan a suscité une polémique ce printemps, il ne fait l'objet d'aucune décision judiciaire ou réglementaire le condamnant personnellement ou restreignant la diffusion du disque, mais la mairie de Paris a quand même souhaité "éviter qu’un public mineur ou non averti soit confronté à l’écoute de morceaux de musique dont les textes insultent les homosexuels et glorifient la violence faite aux femmes".
En agissant ainsi, en imposant ses propres critères moraux à son réseau de bibliothèques et donc à sa population, la municipalité parisienne agit strictement comme certaines mairies dirigées par le Front national ont pu le faire dans les années 1990.
A l'époque, la profession dans son ensemble avait fortement réagi, avec le soutien du ministère de la culture, et avait tenté de se doter d'outils pour réagir à de telles velléités des tutelles. On en retrouve la trace sur le site de l'Association des Bibliothécaires français, avec le document Les bibliothèques face aux pressions politiques : Quelques outils et le dossier judicieusement intitulé Acquisitions et bibliothèques de service public. Car, dans ce type de situation, la source du problème est presque toujours à trouver dans le fait que la tutelle politique, au lieu de se contenter de son rôle qui est de fixer les objectifs de sa politique culturelle, d'attribuer les moyens correspondant et d'évaluer les résultats, se met à vouloir faire le métier des bibliothécaires à leur place.
On imagine mal un adjoint au maire chargé de la voirie s'emparer d'un sécateur pour tailler des arbustes, ou un adjoint chargé de la petite enfance accueillir les enfant à la crèche le matin. Et bien, Christophe Girard, l'adjoint au maire de Paris chargé de la culture, qui semble être à l'origine de la décision concernant Orelsan, s'imagine lui sans problème gérer la politique d'acquisition de ses bibliothèques à la place des agents qui en ont la charge.
Pourtant, dans un réseau de cette taille, la politique documentaire est formalisée et les acquisitions font l'objet d'un travail collectif poussé. La preuve en est, le document de travail de la commission reggae/rap de mars 2009 qu'on trouve sur le site de la Ville de Paris, qui avait abouti à la décision d'achat du CD d'Orelsan, sur la base notamment de chroniques parues dans la presse spécialisée.
Vue de l'extérieur, la politique de lecture publique de la Ville de Paris ces dernières années se résume maintenant, d'une part à l'application extrême d'un principe de précaution sanitaire concernant le déploiement des réseauw wi-fi et des services associés dans ses bibliothèques, et d'autre part à cet acte de censure ridicule et méprisant, aussi bien pour le public que pour les bibliothécaires. Belle réussite ! Espérons que la municipalité aura au moins l'intelligence de revenir sur cette décision. Et si le disque d'Orelsan dérange vraiment Christophe Girard, qu'il porte l'action en justice...

A lire sur sujet : Les lundis de Delfeil de Ton dans Le Nouvel Observateur de la semaine du 11 juin.