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lundi 14 septembre 2009

Prêt électronique de livres : l'expérience déprimante


Depuis mars 2006, notre SCD propose un prêt électronique de livres , expérimenté à l'origine dans le cadre d’un projet national piloté par la Direction de la Technologie (sous-direction TICE) du Ministère de l’Education nationale. Nous mettons à disposition des lecteurs un catalogue de près d'un millier de titres via la "librairie numérique" Numilog. Les lecteurs peuvent emprunter 2 ouvrages pour une durée de 7 jours.
A mon arrivée l'an dernier, je me suis réjoui d'apprendre que nous étions en mesure de diversifier notre offre avec une telle collection, incluse dans notre palette de services à distance.
J'ai assez vite déchanté, et avec un an de recul je dresse un bilan plutôt négatif.
Tout d'abord, j'ai été effaré quand je me suis rendu compte que le système mis en place était entièrement calqué sur le prêt de documents physiques : la bibliothèque est dotée de rayonnages virtuels en ligne contenant des exemplaires de livres électroniques qu'elle a acquis. Si un de ces livres est emprunté, il n'est plus disponible pour les autres lecteurs, exactement comme c'est le cas pour des documents physiques !
Je suis le premier à taper sur les éditeurs de revues électroniques, dont la politique tarifaire s'assimile souvent à la pratique des bandits de grand chemin, le couteau sous la gorge, " la bourse ou la vie" et tutti quanti, mais au moins le système mis en place est généralement fonctionnel et efficace : je peux sans trop me tromper affirmer à un groupe d'étudiants en Droit que, lorsqu'ils sortent d'amphi avec une recherche de jurisprudence à faire, ils n'en sont plus à se battre pour consulter le seul exemplaire papier d'une revue qui contient un commentaire d'une décision, mais ils peuvent tranquillement, de la BU ou de chez eux la plupart du temps, consulter l'article concerné en version électronique, tous ensemble ou presque.
Là non, le seul "plus produit" de Numilog par rapport à un livre imprimé c'est que l'emprunt se faire à distance. Sauf que l'ergonomie n'est pas au rendez-vous. Lorsque le service a été lancé, on pouvait consulter les livres empruntés avec le logiciel Acrobat Reader, ce qui ne posait pas de problème particulier puisque ce logiciel est déjà présent sur une très large majorité des ordinateurs. Depuis environ un an, afin je suppose de mieux gérer les "DRM" qui permettent de contrôler la durée du prêt et d'éviter le piratage des fichiers, Numilog demande à ses utilisateurs d'installer sur le poste un autre logiciel d'Adobe, Digital Editions.
J'ai eu une fois ou deux l'occasion, au téléphone, d'aider un lecteur à installer Digital Editions. Le moins que je puisse dire c'est que ça n'a pas été simple, et que j'ai poussé un grand ouf quand au bout d'une demie-heure la personne avait réussi à emprunter son document !
Mais l'autre problème que pose Adobe Digital Editions, c'est qu'il n'est pas installé sur nos postes publics, que les lecteurs n'ont pas les droits pour l'installer, et que de toute façon s'ils pouvaient le faire, ils ne pourraient consulter le document emprunté que sur la machine sur laquelle ils ont fait leur emprunt, par définition utilisée par de nombreuses personnes tout au long de la semaine. Bien sûr, ce service vise avant tout le prêt à distance, mais il y a quand même quelques références que nous avons uniquement en électronique et c'est quand même un comble de ne pas pouvoir proposer leur consultation sur place.
Si nous avons persévéré dans l'expérience Numilog encore cette année, c'est parce que, pour les livres entrés au catalogue plus récemment, deux modes de consultation sont possibles : l'emprunt avec Digital Editions, avec toutes les difficultés que je viens d'évoquer, ou la consultation en ligne, qui permet de consulter le livre dans son intégralité, sans formalité(uniquement en s'identifiant si on est à l'extérieur du campus) et sans quitter son navigateur.
Autant que je sache, il n'y a pas de limitation du nombre de consultations simultanées d'un livre, c'est donc un mode de lecture bien plus satisfaisant que l'emprunt proposé. Sauf que je me suis rendu compte avec horreur récemment que, l'analogie avec le document papier étant poussée jusqu'au bout, un livre électronique n'est consultable dans les rayons de notre bibliothèque virtuelle que si et seulement si il n'a pas été emprunté !
On en viendrait presque à déconseiller aux lecteurs d'emprunter ces livres pour qu'ils profitent au plus grand nombre et, en l'état actuel des choses, si j'avais à donner mon avis, j'opterais pour un retour en arrière plutôt que de persister à proposer un service non satisfaisant, en attendant qu'une formule d'abonnement calquée sur ce qui se fait pour les revues soit disponible.
Quand à mon lecteur qui n'avait pas d'ordinateur personnel et qui souhaitait consulter le livre Une approche de la problématique de l'identité : le Maghreb arabe contemporain de Mohamed Salah Hermassi (2004), la meilleure solution que j'ai eu à lui proposer, paradoxe des paradoxes, c'est de consulter les larges extrait du livre disponibles sur Google Books !!!

7 commentaires:

bibliotheques a dit…

Oui, le modèle économique de Numilog est démentiel (ou idiot ?).
Techniquement et financièrement, c'est rageant. Et intellectuellement : quel lecteur va penser à "rendre" un document numérique (tant qu'il ne le rend pas et que le délai de prêt n'est pas expiré, il ne peut pas en emprunter d'autres et l'exemplaire n'est pas consultable. Seule consolation : il lui est impossible d'être "en retard").

J'aurais toutefois plusieurs remarques :
1. L'utilisation d'Adobe Digital Editions n'est pas tant le choix de Numilog que d'Adobe. Jusqu'à la version 7, Adobe Reader gérait les métadonnées liées à des droits de consultations (durée de prêt, etc.). Avec Adobe Reader 8, ces métadonnées ne sont plus gérées et il faut Adobe Digital Editions (plus léger mais beaucoup moins familier à l'usager)

2. il vaut mieux ne pas installer Adobe Digital Editions sur les postes publics. Pour consulter (sans "emprunter") un ouvrage, Numilog fournit une "liseuse". ADE est nécessaire pour l'emprunt mais pas pour la consultation.
Et sur les postes publics, il vaut mieux ne pas permettre un emprunt parce que ça n'aurait pas de sens qu'un lecteur "emprunte" sur un poste public.

3. Il y a bien un nombre limité de consultations simultanées d'un ouvrage : si vous "achetez" (ou louez) 3 exemplaires d'un document, vous pourrez en consulter 3 simultanément, ou avoir 2 emprunts et une consultation, etc.
L'interface d'administration de Numilog permet de garder toujours un exemplaire pour la simple consultation (et éviter que les 3 exemplaires soient "sortis") : je ne sais plus en revanche si ce paramètre peut se faire titre à titre ou nécessairement pour l'ensemble de la collection (on n'a pas besoin d'un usuel pour chaque titre !)

4. Marlène avait fait il y a quelques mois une enquête auprès des BU de la région PACA pour connaître leurs stats de consultation à Numilog.
Elle avait promis d'en rendre compte sur son blog, mais rien. Je vais la relancer !

JC Brochard a dit…

bibliotheques,
Merci pour ces informations.
Sur le point 2, le problème que j'avais avec mon lecteur c'est qu'il s'agissait de l'un des livres "anciens" de Numilog pour lesquels la consultation n'est pas proposée.
Sur le point 3, je transmettrai l'info à mes collègues en charge des ressources électroniques pour si on peut "exclure du prêt" au moins un exemplaire de chacun de nos titres consultables en ligne.
Sur le point 4, chez nous c'est une moyenne d'environ 100 prêts par mois, surtout des dictionnaires de langue et des ouvrages sur l'informatique, y compris les essais et démonstrations faits par le personnel.

Léo Mabmacien a dit…

Numilog ne propose qu'un catalogue très limité, pas agréable et très difficile d'accès. Avec une vision papier en plus. Raison de plus pour se passer de ce mauvais service !!! Hop, à la poubelle !

Je prèfère de loin ce que propose la BU d'Angers avec le prêt de livrels !
http://bu.univ-angers.fr/index.php?S_file=config/html/e_readers.php

;-)

Léo

Cabestan a dit…

L'un n'empêche pas l'autre : Numilog, Publie.net, autoproduction numérisée, liens vers des ouvrages du domaine public, etc .. la palette est large

JC Brochard a dit…

Léo et Cabestan,
Il y a bien sûr les deux aspects du problème. L'offre documentaire elle-même, et là c'est sûr plus elle sera abondante et diversifiée, mieux ce sera. Et puis il y a l'appareil pour consulter le livre électronique, et là bien malin celui qui peut deviner aujourd'hui lequel s'imposera, de l'ordinateur au livrel en passant par le téléphone, le rouleau de papier électronique ou tout autre appareil encore inimaginable aujourd'hui. Personnellement, je doute qu'un appareil destiné spécifiquement aux livres électroniques s'impose durablement.

Léo Mabmacien a dit…

Bien vu ! Effectivement le livrel est à sens unique. L'avenir sera dans un outil multitâche, un peu comme les téléphones genre iphone : lecture de textes de toutes sortes, musique, téléphone, agenda, carnet de notes, appareil photo, son, vidéo, alarme, réveil matin, miroir...
un vrai couteau suisse dans la poche...

Le livre électronique doit être différent de la version papier pour être attractif. Or jusqu'à présent on est encore dans la copie conforme de la version papier (voir numilog notamment)...;-))

Léo

Anonyme a dit…

Où l'on reparle des fichiers chronodégradables (point n°13)
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2009/10/google-books-ce-quil-faut-faire-.html

Mathieu

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