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samedi 17 octobre 2009

Prise de conscience solennelle



MOIS NATIONAL DE LA PRISE EN COMPTE DE LA MAITRISE DE L'INFORMATION, 2009

PAR LE PRESIDENT DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE

UNE PROCLAMATION

Chaque jour, nous sommes inondés de quantités énormes d'information. Un cycle continu d'actualités et des milliers de chaînes de télévision et de stations de radio dans le monde entier qui bousculent notre perception établie de longue date de la gestion de l'information. Plutôt que de simplement posséder l'information, nous devons également développer les compétences nécessaires pour acquérir, classer et évaluer l'information dans n'importe quelle situation. Ce nouveau type d'alphabétisation demande également des compétences en technologies de la communication, y compris les ordinateurs et les appareils mobiles qui peuvent faciliter nos prises de décision au quotidien. Le mois national de la prise en compte de la maîtrise de l'information souligne le besoin pour tous les américains de posséder les compétences nécessaires pour se diriger efficacement à l'Ere de l'Information.
Même si nous savons comment trouver l'information dont nous avons besoin, nous devons aussi savoir comment l'évaluer. Ces dix dernières années, nous avons vu émerger une crise de l'authenticité. Nous vivons maintenant dans un monde où tout un chacun peut publier une opinion ou un point de vue, vrai ou non, et voir l'écho de cette opinion amplifié par le marché de l'information. Simultanément, les Américains ont un accès sans précédent aux sources d'information diverses et indépendantes, ainsi qu'aux institutions telles que les bibliothèques et les universités, qui aident à distinguer la vérité de la fiction et le signal du bruit.
Les éducateurs de Notre Nation et les établissements d'enseignement doivent être conscients de - et s'ajuster à - ces nouvelles réalités. En plus des compétences de base, lecture, écriture, arithmétique, il est tout aussi important que les élèves soient dotés des outils nécessaires pour profiter de l'information à leur disposition. La capacité de chercher, trouver et décoder l'information peut être utile pour un nombre incalculable de décisions dans la vie, qu'elles relèvent des finances, de la santé, de l'éducation ou de la technique.
Ce mois-ci, nous nous consacrons à augmenter la prise de conscience de la maîtrise de l'information afin que tous les citoyens comprennent son importance vitale. Une citoyenneté informée et éduquée est essentielle au fonctionnement de notre société démocratique moderne, et j'encourage les établissements pédagogiques et sociaux dans tout le pays à aider les Américains à trouver et évaluer l'information qu'ils recherchent, sous toutes ses formes.
AINSI DONC, MOI, BARACK OBAMA, Président des Etats-Unis d'Amérique, en vertu de l'autorité qui m'est conférée par la Constitution et les lois des Etats-Unis, je proclame Octobre 2009 le Mois National de la Prise en Compte de la Maîtrise de l'Information. J'appelle le peuple des Etats-Unis à reconnaître le rôle important que l'information joue dans notre vie quotidienne et à apprécier la nécessité d'une meilleure compréhension de son impact.
EN TEMOIGNAGE DE QUOI, j'ai apposé ici ma main en ce premier jour d'octobre, dans l'année deux mille neuf de Notre Seigneur, et deux cent trente-quatre de l'Indépendance des Etats-Unis.

BARACK OBAMA

(Le texte original se trouve sur le site de la Maison Blanche. Traduction à la volée, sans fignolage, par votre serviteur)

Bon, hormis la référence religieuse, typique des américains, et qui me fait chaque fois me réjouir de travailler pour un état laïc, j'approuve et soutiens ce texte des deux mains. L'American Library Association aussi, évidemment, qui a publié dès le lendemain de cette déclaration un communiqué, en profitant de l'occasion pour demander que les bibliothèques bénéficient d'un plan de développement du haut-débit en préparation.
En fait, il s'agit du texte officiel le plus enthousiasmant sur les bibliothèques que j'ai lu depuis la décision du conseil constitutionnel protégeant la liberté d'accès aux services de communication au public en ligne au titre de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
A côté de ça, la situation actuelle en France pour ce qui concerne la politique publique d'accès à l'information est à pleurer. Le ministère de la culture en est à chercher un remplaçant à Lire en Fête pour 2010. Pour une fois, il serait bien avisé de s'inspirer de cet exemple américain, qui donne des pistes très similaires - ce n'est pas un hasard - à ce que lui suggérait récemment le Bibliobsédé.
Pour le reste, faut pas rêver. Je ne parle même pas d'une éventuelle loi sur les bibliothèques, plus du tout à l'ordre du jour et dont je ne suis pas sûr qu'elle serait vraiment utile, mais si on s'en tient à l'accès et à la maîtrise de l'information, le seul message que font entendre les pouvoirs publics est répressif.
Quant à la structure administrative en place pour appliquer cette non-politique, elle est évidemment à l'avenant, que ce soit du côté éducation nationale ou du côté culture. Il n'y quasiment plus de Direction, donc, au sens propre et au figuré, pas de grande Mission non plus, ne restent que des missions et sous-missions (qu'on peut entendre, au singulier comme démission et soumission...).
Nos services publics sont souvent montrés en exemple par rapport à ceux des libéraux Etats-Unis, mais pour ce qui est de ceux chargés de l'accès à l'information, on va peut-être finir par devenir américanophile...

samedi 10 octobre 2009

Et à quelle température fondent les écrans LCD ?


Je ne sais plus précisément quelles ont été les étapes du cheminement. Je me souviens juste qu'il y a eu l'affaire Amazon/Orwell, puis le livre publié aux Editions Allia reproduisant les minutes des Interrogatoires de Dashiell Hammett en pleine folie McCarthyste, interrogatoires qui ont abouti notamment au retrait provisoire de ses livres du réseau de bibliothèques à l'extérieur des Etats-Unis financé par le Département d'Etat américain.
Toujours est-il qu'à un moment, au détour d'une référence ou par une association d'idées, je me suis dit qu'il faudrait que je lise Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Jusqu'à présent, je n'en avais jamais vraiment eu l'envie. Je savais que c'était un livre de science-fiction dans lequel les pompiers incendiaient des livres au lieu d'éteindre des feux et ça me suffisait. Mais évidemment, pour vraiment connaître un roman, il faut d'abord le lire et je viens seulement de le faire.
Même après des décennies, la force d'une oeuvre d'anticipation réussie c'est qu'elle trouve des échos dans le présent des lecteurs, quelle que soit l'époque où ceux-ci la découvrent. Au début des années 1980, j'aurais associé les coquillages radio qui diffusent en continu à fort volume des sons qui empêchent de trop penser aux casques de Walkman. Aujourd'hui, il suffit d'observer ses congénères dans les transports en commun pour constater que l'analogie est encore plus forte avec les oreillettes des écouteurs des lecteurs multimédias, dont la forme se rapproche de celle des coquillages.
A l'époque des télévision à écran plat géant, des systèmes de son Home Cinema et des émissions qui prétendent présenter au téléspectateur une pseudo-réalité filmée en vase clos, les murs-écrans du roman et leurs familles virtuelles sont presque terminés d'être installés.
Mais l'un des passages qui m'a le plus donné le vertige, c'est quand le chef des pompiers Beatty retrace le processus qui a amené à la désaffection du livre puis à son interdiction, en le liant au développement des médias de masse dans un double mouvement de condensation et d'accélération. Pour aboutir à quoi ? à des "Condensés de condensés de condensés. La politique ? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! La tête finit par vous tourner à un tel rythme sous le matraquage des éditeurs, diffuseurs, présentateurs, que la force centrifuge fait s'envoler toute pensée, inutile et mangeuse de temps !".
A l'heure où les oeuvres au format SMS (messages limités à 160 caractères) laissent la vedette à celles diffusées sur Twitter (140 caractères), ça parle...
Finalement, je ne regrette pas d'avoir lu Fahrenheit 451 seulement maintenant et pas en 1984 comme j'aurais pu le faire. D'autant plus que des coïncidences troublantes en ont renforcé l'impact, comme lire le passage où est cité le poème Dover beach dans un hôtel situé le long de la plage de Douvres, ou lire le Coda au roman écrit par Bradbury en 1979 (titré par ailleurs There's more than one way to burn a book, traduit en français sous le titre Il y a plus d'une façon de brûler un livre), dans lequel il dénonce l'insidieuse censure du politiquement correct, le jour même ou la presse se fait l'écho des difficultés d'un duo de comiques avec la BBC à propos de l'utilisation du mot "gitan" dans un sketch.
Et puis, la principale différence c'est que je suis aujourd'hui bibliothécaire, et plus seulement usager des bibliothèques. Or, si les autodafés nazis et la chasse aux sorcières communistes des McCartystes ont bien sûr marqué et influencé l'écriture du roman, Ray Bradbury a eu l'occasion à de nombreuses reprises d'expliquer que son objectif principal en écrivant Fahrenheit 451 était de s'attaquer à la télévision et de défendre les livres et les bibliothèques.
Encore mieux, Ray Bradbury a souvent raconté que c'est un service fourni par une bibliothèque qui lui a permis d'écrire son roman ! Un service que je n'ai jamais vu fonctionner en France (Est-ce que ça aurait existé dans nos BU dans les années 1960 ou 1970, mesdames et messieurs nos aînés ?), la location de machines à écrire à 10 cents la demie-heure !
Sur cette anecdote, on peut lire Fahrenheit 451 revisited, l'article de mai 2002 du magazine de l'UCLA, là même où Bradbury a écrit son roman, qui fut pré-publié en trois parties dans les tous premiers numéros du magazine Playboy, comme ce fut le cas au fil du temps pour de nombreuses autres oeuvres policières ou de science-fiction.
Cette histoire donne d'ailleurs des idées aux bibliothécaires : la bibliothèque Hokin du Columbia College a organisé au printemps dernier des Olympiades de la machine à écrire, incitant les étudiants à écrire comme Ray.
Mais nous sommes bien d'accord, un ordinateur c'est quand même plus pratique qu'une machine à écrire et pour ma part, si je m'efforce d'être conscient des risques liés au développement des nouvelles technologies, ça ne m'empêche pas d'apprécier à chaque instant le fantastique accès à l'information que me procure Internet et les possibilités de diffusion offertes par l'informatique, ce blog en étant une illustration.

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