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mardi 16 juin 2009

La Ville de Paris s'essuie les pieds sur ses bibliothécaires


Je n'ai appris l'information que le week-end dernier, suite à un article publié dans Libération relayé par la liste Discothécaires, mais elle avait été mise sur la place publique par un communiqué du syndicat SUPAP-FSU et il y avait eu notamment auparavant un article du Monde sur le sujet : la mairie de Paris a décidé de censurer de fait Perdu d'avance, le premier album du rapper Orelsan, en interdisant sa mise en rayons dans ses bibliothèques de prêt.
Il est à noter que, si un titre en particulier d'Orelsan a suscité une polémique ce printemps, il ne fait l'objet d'aucune décision judiciaire ou réglementaire le condamnant personnellement ou restreignant la diffusion du disque, mais la mairie de Paris a quand même souhaité "éviter qu’un public mineur ou non averti soit confronté à l’écoute de morceaux de musique dont les textes insultent les homosexuels et glorifient la violence faite aux femmes".
En agissant ainsi, en imposant ses propres critères moraux à son réseau de bibliothèques et donc à sa population, la municipalité parisienne agit strictement comme certaines mairies dirigées par le Front national ont pu le faire dans les années 1990.
A l'époque, la profession dans son ensemble avait fortement réagi, avec le soutien du ministère de la culture, et avait tenté de se doter d'outils pour réagir à de telles velléités des tutelles. On en retrouve la trace sur le site de l'Association des Bibliothécaires français, avec le document Les bibliothèques face aux pressions politiques : Quelques outils et le dossier judicieusement intitulé Acquisitions et bibliothèques de service public. Car, dans ce type de situation, la source du problème est presque toujours à trouver dans le fait que la tutelle politique, au lieu de se contenter de son rôle qui est de fixer les objectifs de sa politique culturelle, d'attribuer les moyens correspondant et d'évaluer les résultats, se met à vouloir faire le métier des bibliothécaires à leur place.
On imagine mal un adjoint au maire chargé de la voirie s'emparer d'un sécateur pour tailler des arbustes, ou un adjoint chargé de la petite enfance accueillir les enfant à la crèche le matin. Et bien, Christophe Girard, l'adjoint au maire de Paris chargé de la culture, qui semble être à l'origine de la décision concernant Orelsan, s'imagine lui sans problème gérer la politique d'acquisition de ses bibliothèques à la place des agents qui en ont la charge.
Pourtant, dans un réseau de cette taille, la politique documentaire est formalisée et les acquisitions font l'objet d'un travail collectif poussé. La preuve en est, le document de travail de la commission reggae/rap de mars 2009 qu'on trouve sur le site de la Ville de Paris, qui avait abouti à la décision d'achat du CD d'Orelsan, sur la base notamment de chroniques parues dans la presse spécialisée.
Vue de l'extérieur, la politique de lecture publique de la Ville de Paris ces dernières années se résume maintenant, d'une part à l'application extrême d'un principe de précaution sanitaire concernant le déploiement des réseauw wi-fi et des services associés dans ses bibliothèques, et d'autre part à cet acte de censure ridicule et méprisant, aussi bien pour le public que pour les bibliothécaires. Belle réussite ! Espérons que la municipalité aura au moins l'intelligence de revenir sur cette décision. Et si le disque d'Orelsan dérange vraiment Christophe Girard, qu'il porte l'action en justice...

A lire sur sujet : Les lundis de Delfeil de Ton dans Le Nouvel Observateur de la semaine du 11 juin.

jeudi 11 juin 2009

Un point d'accès citoyen à la société de l'information


L'info a été relayée par Bibliofrance à la fin du mois dernier : la Bibliothèque départementale de Prêt du Lot va déployer des Points Net dans les bibliothèques rurales du département, afin de développer l’usage du multimédia.
Qu'il s'agisse de solutions fixes out itinérantes (genre bus multimédia), c'est loin d'être la première expérience du genre. On trouve par exemple sur le site de l'ADBDP la présentation du plan départemental d’accès à Internet pour les bibliothèques du réseau de la BDP de l’Ardèche. Je me suis toujours dit que, si j'avais un jour l'occasion de travailler dans une BDP, le premier projet que je porterais serait de ce genre, si ça n'avait pas été fait avant.
Toutes les bibliothèques devraient pouvoir proposer un accès public à l'information en ligne, si possible avec la médiation d'animateurs, professionnels ou bénévoles, fixes ou itinérantes. Ceci, y compris pour les bibliothèques de 6 m², mais peut-être pas quand même pour celles (les mêmes) qui n'ouvrent que 2h par mois.
Il me semble que les bibliothèques ont tout intérêt à se positionner comme le service public où, par définition, un accès citoyen à l'information est proposé. Je pense que ce rôle est déjà reconnu par la plupart des tutelles, mais les bibliothèques vont désormais d'autant plus pouvoir s'en prévaloir que, depuis hier, le conseil constitutionnel a reconnu le fait que la liberté de communication et d'expression, énoncée à l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, implique aujourd'hui, eu égard au développement généralisé d'internet et à son importance pour la participation à la vie démocratique et à l'expression des idées et des opinions, la liberté d'accéder à ces services de communication au public en ligne !